Le Programme d'identification des pertes militaires

Raison d'être

Le cimetière Orchard Dump
Le cimetière Orchard
Dump, France.

Le ministère de la Défense nationale a établi le Programme d'identification des pertes militaires en 2007 en raison du nombre croissant de découvertes de restes humains susceptibles d'appartenir à certains des plus de 27 000 Canadiens qui sont morts au cours de la Première et de la Seconde Guerre mondiale et des opérations des Nations Unies en Corée (guerre de Corée) et qui n'ont pas de sépulture connue.

Pendant les deux guerres mondiales et immédiatement après celles-ci, les unités d'enregistrement des tombes du Canada et l'Imperial War Graves Commission, (maintenant appelée Commonwealth War Graves Commission, ont tentéd'identifier des soldats canadiens et de leur fournir une inhumation appropriée.

Les recherches actives en vue de retrouver les restes humains de soldats du Commonwealth ont cesséaprès 1921, mais les pays du Commonwealth continuent de s'efforcer d'identifier les restes humains de militaires portés disparus qui sont retrouvés de nos jours. Au Canada, ce travail est confiéaux responsables du Programme d'identification des pertes militaires.

Les enquêtes dans le cadre de ce programme commencent habituellement lorsque la Commonwealth War Graves Commission détermine que des restes humains retrouvés sont ceux de Canadiens morts à la guerre. Dans le Programme d'identification des pertes militaires, on utilise diverses méthodes de recherche historique et scientifique pour identifier les restes humains.

Lorsque l'enquête du Programme d'identification des pertes militaires est couronnée de succès, le soldat dont les restes humains ont étéidentifiés est inhuméavec un nom, par son unitéet en présence de sa famille. Chaque cas présente des défis particuliers. Grâ ce aux nouvelles technologies et à un meilleur accès aux documents historiques, la capacitéd'identifier les restes humains de militaires canadiens portés disparus continue de s'améliorer.

Depuis 2007, 25 Canadiens et 19 étrangers ont étéidentifiés dans le cadre du Programme d'identification des pertes militaires. De plus, cinq ensembles de restes humains ont étéinhumés comme étant ceux de soldats inconnus dans les cas où l'identification s'est révélée impossible.

Le Programme d'identification des pertes militaires favorise un solide sens de continuitéet d'appartenance au sein des Forces armées canadiennes. Pour ces dernières, tenter d'associer un nom à chaque militaire canadien décédédont les restes humains sont retrouvés constitue un objectif extrêmement important.

Le cimetière britannique Caix
Le cimetière britannique Caix, France

La Commonwealth War Graves Commission

En tant que membre fondateur de l'Imperial War Graves Commission, le Canada souscrit aujourd'hui aux politiques de la Commonwealth War Graves Commission (CWGC).

Dans le rapport final présentépar l'Imperial War Grave Commission en 1918 et signépar tous les membres du Commonwealth, le rapatriement des morts de la guerre faisait l'objet d'une opposition unanime. La politique ainsi établie s'inscrivait dans le sens de l'engagement envers le principe d'égalitéde traitement de tous les soldats morts à la guerre. Dans le rapport, il était dit que les cimetières de guerre « en terres étrangères constitueraient, pour les générations futures, le symbole du but commun, du dévouement commun et du sacrifice commun des militaires de tous grades » (traduction libre). Sir Robert Borden, premier ministre du Canada de 1911 à 1920, était un défenseur cléde la politique selon laquelle il était « tout à fait appropriéque, dans la mort, tous soient traités également » (traduction libre).

Le rapatriement des restes humains s'opposait aussi à l'esprit dans lequel la France, la Belgique, l'Italie, la Grèce et bien d'autres pays offraient des terrains où les morts de la guerre pourraient reposer pour toujours.

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays où les combats s'étaient déroulés ont de nouveau offert des terrains pour établir des cimetières de guerre.

En juillet 1970, le Canada a modifiésa politique allant à l'encontre du rapatriement des soldats morts à la guerre. Ainsi, les dépouilles des membres du personnel des Forces armées canadiennes tués outre-mer après 1970 ont étérapatriées au Canada. Toutefois, le Canada continue de respecter la politique antérieure de non-rapatriement en ce qui concerne les restes humains des militaires qui ont perdu la vie au cours d'opérations menées avant 1970.

Processus d'identification

Le processus d'identification des pertes militaires suppose le recours à diverses disciplines, notamment l'histoire, l'archéologie, l'anthropologie, les sciences de laboratoire, l'odontologie médico-légale et la généalogie.

Dans le cadre du Programme d'identification des pertes militaires, on tente d'identifier tous les restes humains découverts. Malheureusement, certaines limites peuvent empêcher de parvenir à l'identification. Si les recherches historiques et les preuves matérielles ne permettent pas d'établir de liens entre les restes humains et une époque, un lieu ou une unitémilitaire précise, les candidats peuvent alors se compter pas centaines, voire par milliers.

Dans un tel cas, la Direction – Histoire et patrimoine (DHP) demandera à la Commonwealth War Graves Commission (CWGC) d'inhumer les restes humains comme étant ceux d'un soldat canadien inconnu. Comme les restes humains inhumés dans un cimetière de la CWGC ne peuvent pas être exhumés, la DHP recueille tous les renseignements disponibles (y compris des profils d'ADN) dans l'espoir que des éléments de preuve qui pourraient être découverts dans l'avenir permettront d'identifier un soldat déjà inhumé. Dans une telle éventualité, la pierre tombale serait remplacée.

Cliquez sur les liens figurant ci-dessous pour obtenir de plus amples renseignements sur les étapes que peut comprendre une enquête.

Découverte de restes humains

site de bataille connu, France
Des restes humains sont localisés
par des archéologues lors de
travaux d'excavation d'un
site de bataille connu, France.

On trouve des restes humains au cours de projets de construction, de travaux routiers, de fouilles archéologiques et d'activités agricoles, en particulier près des champs de bataille connus. Souvent, des artéfacts sont retrouvés auprès des restes humains et servent de preuves matérielles dans nos enquêtes.

Les artéfacts militaires comprennent notamment des identificateurs personnels (plaques d'identitéet articles portant le numéro matricule), des insignes (boutons ou insignes permettant d'identifier une unitéou un escadron) et de l'équipement militaire donnant des preuves sur la nationalitéde la personne dont les restes ont ététrouvés et sur l'époque de son décès.

On trouve parfois, avec les restes humains, des articles personnels, comme des bagues ou des montres, qui peuvent fournir des indices sur l'identitédu militaire.

soldat canadien inconnu
La stèle d'un soldat canadien inconnu de
la Grande Guerre au cimetière de
Tyne Cot, Belgique.

Recherche historique

Le lieu de la découverte et les artéfacts retrouvés sur place permettent aux historiens de la DHP de cerner le contexte historique des événements ayant menéau décès du soldat.

En se basant sur ces événements, les historiens sont en mesure de déterminer l'unitédu soldat mort ou l'appareil à bord duquel il servait. Ils délimitent le nombre de candidats à partir des listes de militaires disparus, des registres des services des sépultures, des dossiers du personnel et des journaux de guerre des unités. Des renseignements médicaux sont recueillis sur chaque candidat et transmis à l'anthropologue judiciaire.

Analyse anthropologique

Chaque ensemble de restes humains est examinéau moyen de méthodes anthropologiques. L'analyse anthropologique permet de produire un profil biologique de l'individu : sexe, &?acirc; ge au moment du décès, ascendance, taille, pathologie (présence de maladie) et trauma (blessure).

Le profil biologique est ensuite comparéà la liste des candidats établie par l'historien, comparaison qui permettra de réduire cette liste en fonction de l'&?acirc; ge au moment du décès et de la taille. Les renseignements médicaux sur les militaires qui ont étérecueillis au cours de la recherche historique peuvent aussi aider à réduire le nombre de candidats.

Au cours de l'analyse anthropologique, des échantillons d'os et/ou de dents sont recueillis pour une éventuelle utilisation au cours d'une analyse de l'ADN ou des isotopes stables.

la santé dentaire d’un soldat lors de son attestation
Un document montrant
l'état de la santé dentaire
d'un soldat lors de son attestation.

Odontologie médico-légale

Les membres de l'Équipe d'intervention en odontologie médico-légale des Forces canadiennes, qui relève du Corps dentaire royal canadien, appuient régulièrement le Programme d'identification des pertes militaires. La dentition et la m&?acirc; choire d'un individu peuvent comporter des caractéristiques uniques et être utilisées pour identifier des restes humains. Si des fiches dentaires sont accessibles, les odontologistes judiciaires sont en mesure de faire des comparaisons qui peuvent mener à l'identification.

Analyse des isotopes stables

L'analyse des isotopes stables peut être utilisée pour réduire le nombre de candidats en révélant où le militaire a passé son enfance. En effet, au cours de la vie, le corps emmagasine de l'oxygène provenant de l'eau et de la nourriture. La quantité d'isotopes d'oxygène absorbés variera selon la région géographique. Étant donnéque les valeurs de ces isotopes d'oxygène ont étéconsignées dans une base de données mondiale, on peut se fonder sur celles-ci pour déterminer à quel endroit une personne a vécu.

Les isotopes d'oxygène sont intégrés dans l'émail des dents au cours de son développement. Comme l'émail des dents ne se transforme pas au cours d'une vie, l'analyse des dents peut fournir des renseignements géographiques sur les premières années de vie d'un individu.

La recherche historique peut permettre de déterminer où chaque candidat a vécu, y compris son lieu de naissance. Cette information est ensuite comparée aux résultats de l'analyse de laboratoire afin de réduire le nombre de candidats.

Recherche généalogique

M. David Carey
M. David Carey recevant le
drapeau canadien et les médailles
appartenant à son grand-oncle
Sergeant de section John Joseph
Carey. Avec la permission du sujet.

La DHP a recours à la recherche généalogique pour trouver des membres de la famille des militaires portés disparus, qui sont aptes et disposés à fournir un échantillon d'ADN. La participation des membres de la famille à une enquête est à titre volontaire.

Tests d'ADN

L'analyse de l'ADN est utilisée pour identifier les restes humains et exclure certains candidats. Les échantillons d'ADN recueillis sur les restes humains sont comparés aux échantillons fournis par des membres de la famille afin de voir si les profils génétiques proviennent de la même lignée familiale.

Dans le cadre du Programme d'identification des pertes militaires, on utilise habituellement l'ADN mitochondrial (ADNmt) pour identifier les restes humains, car cet ADN est transmis intact de la mère à l'enfant. L'ADNmt survit bien et demeure très stable sur un grand nombre de générations, mais cette stabilitépeut aussi mener à des profils similaires chez des personnes qui ne sont pas étroitement apparentées. Malgréses limites, l'ADNmt est un outil très utile qui peut aider à établir les liens de parentéremontant à de nombreuses générations.

Dans le Programme d'identification des pertes militaires, on a aussi recours à un type d'ADN nucléaire appeléchromosome Y- séquences courtes répétées en tandem (Y-STR). L'ADN Y-STR est transmis de père en fils et est génétiquement stable, mais il ne survit pas bien sur les restes d'ossements humains. Malheureusement, certains échantillons prélevés sur les restes humains ne fournissent pas d'ADN Y-STR pouvant être utiliséaux fins de comparaison, ce qui signifie qu'on ne peut pas toujours se servir de cette méthode.

Les deux types d'ADN sont des moyens très fiables d'exclure certains candidats. En se servant d'un type d'ADN ou des deux dans une enquête pour essayer d'identifier les restes humains, on peut inclure le candidat comme étant de la même lignée et/ou exclure d'autres candidats.

Conservation des artéfacts

L'Institut canadien de conservation fournit des services de conservation au Programme d'identification des pertes militaires. Un certain nombre d'artéfacts, notamment des plaques d'identité, ont ététraités et restaurés par l'Institut. Dans certains cas, les artéfacts restaurés se sont révélés indispensables à l'identification des restes humains.

Les articles personnels sont remis au plus proche parent et constituent des souvenirs au moyen desquels la famille peut se rappeler le soldat mort au combat.