Lors de la Première Guerre mondiale environ 640 000 ont servi / 62 000 décès / 19 378 portés disparus. Lors de la Deuxième Guerre mondiale un peu plus de 1 000 000 ont servi / 42 042 décès / 8 000 portés disparus. Lors de la guerre de Corée un peu plus de 25 600 ont servi / 516 décès / 17 portés disparus.

Le Programme d’identification des pertes militaires

Raisons sous-tendant l’existence du Programme

Le cimetière Orchard Dump
Le cimetière Orchard
Dump, France.
Le Programme d’identification des pertes militaires existe parce qu’il y a plus de 27,000 Canadiens morts à la guerre (Première et Seconde Guerres mondiales et guerre de Corée) qui sont portés disparus et qui n’ont pas de sépulture connue. Lorsque les restes de ces militaires disparus sont retrouvés, nous avons recours à la recherche historique et à des méthodes scientifiques modernes pour les identifier, de sorte que les militaires puissent être inhumés avec un nom, par leur unité et en présence de leur famille. De cette façon, le Programme favorise un solide sens de continuité et d’appartenance au sein des Forces armées canadiennes.

Les enquêtes dans le cadre du Programme d’identification des pertes militaires commencent lorsque des restes humains sont découverts et que la Commonwealth War Graves Commission (CWGC, appelée au Canada « Commission des sépultures de guerre du Commonwealth ») estime qu’il s’agit de ceux de Canadiens morts à la guerre.

Les pays du Commonwealth ne cherchent plus activement les restes humains de leurs soldats disparus. Immédiatement après les deux guerres mondiales, des efforts considérables ont été déployés sur tous les champs de bataille pour chercher les restes humains non récupérés, mais il n’a pas été possible de tous les retrouver dans la campagne et les environnements urbains ravagés par la guerre. Le Canada, tout comme ses partenaires du Commonwealth, demeure attentif aux nouvelles découvertes.

Le cimetière britannique Caix
Le cimetière britannique Caix, France

Politique de la CWGC

En tant que membre de la CWGC, le Canada souscrit aux politiques de cette organisation. Dans le rapport de décembre 1918 de l’Imperial War Graves Commission (IWGC, ancien nom de la CWGC), il est clair que, dès sa création, la Commission s’opposait fermement au rapatriement des morts de la guerre. L’important principe de l’égalité de traitement était au cœur de la philosophie de la Commission, et le rapatriement allait à l’encontre de celui-ci. Le rapatriement des restes humains s’opposait aussi à l’esprit dans lequel la Commission acceptait les offres de terrains de la part de la France, de la Belgique, de l’Italie et de la Grèce, où les morts de la guerre pourraient reposer pour toujours. Après la Seconde Guerre mondiale, l’IWGC a fait de nouveau face à la question du rapatriement des morts de la guerre. La Commission a réaffirmé sa politique antérieure, mentionnant le principe de l’égalité de traitement et, de nouveau, les nations alliées ont gracieusement offert des terrains où établir des cimetières de guerre. En vertu du décret P.C. 1970 6/1254, en juillet 1970, la politique du Canada concernant le non-rapatriement des morts de la guerre a été modifiée. En effet, ce décret permettait, à partir de 1970, de rapatrier les militaires tués outre-mer si le plus proche parent le désirait. Toutefois, les restes humains des Canadiens morts à la guerre avant 1970 continuaient d’être assujettis à la politique antérieure et ne pouvaient être exhumés et rapatriés. lectures complémentaires

Processus de recherche

Dans le cadre du processus d’identification des pertes militaires, on fait appel aux services de divers professionnels, notamment des historiens, des anthropologues, des archéologues et des chercheurs de laboratoire, ainsi que des odontologistes judiciaires et des généalogistes.

Études archéologiques

site de bataille connu, France
Des restes humains sont localisés
par des archéologues lors de
travaux d’excavation d’un
site de bataille connu, France.

Les projets de construction, les travaux routiers, les fouilles archéologiques et les activités agricoles, en particulier près des champs de bataille connus, mènent à la découverte de restes humains de morts de la guerre. La compréhension du contexte archéologique et historique aide à reconstituer les derniers moments des soldats morts au combat. Le fait de déterminer s’il s’agissait d’une inhumation précipitée ou d’un enterrement derrière les lignes peut aider à orienter la recherche historique ultérieure. Souvent, les artéfacts trouvés avec les restes humains servent de preuves concrètes dans nos enquêtes. Les artéfacts militaires comprennent notamment des identificateurs personnels comme des plaques d’identité et des articles portant le numéro matricule; des boutons ou des insignes servant à identifier l’unité ou l’escadron et de l’équipement donnant des preuves sur la nationalité de la personne dont les restes ont été trouvés et sur l’époque de son décès. On trouve parfois, avec les restes humains, des articles personnels comme des bagues ou des montres, qui peuvent fournir des indices sur l’identité du militaire lorsqu’on les analyse en tenant compte des événements survenus dans la vie de l’intéressé.

Recherche historique

soldat canadien inconnu
La stèle d’un soldat
canadien inconnu de
la Grande Guerre au
cimetière de
Tyne Cot, Belgique.
L’emplacement de la découverte et les artéfacts retrouvés sur place permettent aux historiens de la DHP de cerner le contexte historique des circonstances ayant mené à la disparition du soldat ou de l’aviateur.

En se basant sur ces circonstances, les historiens sont en mesure de déterminer l’unité à laquelle appartenait le soldat mort ou l’appareil à bord duquel il servait. Ils sélectionnent des identités possibles à partir des listes de militaires disparus n’ayant pas de sépulture connue, des registres des services des sépultures et des dossiers du personnel. Ils peuvent ensuite examiner le dossier du personnel et le dossier médical de chaque personne ainsi sélectionnée, de même que les journaux de guerre de l’unité. Les renseignements recueillis indiquent les circonstances entourant le décès. Des renseignements médicaux comme l’âge au moment du décès, la taille, la dentition et la présence de maladie (état pathologique) sont rassemblés et transmis à l’anthropologue judiciaire. Si la recherche historique et les preuves concrètes ne permettent pas de lier les restes humains retrouvés à une époque, un lieu ou une unité, la DHP demandera à la CWGC d’inhumer les restes comme étant ceux d’un Canadien inconnu.

Analyse anthropologique

soldat de l’une des Grandes Guerres
Les restes d’un soldat de l’une
des guerres mondiales.
L’enquête passe ensuite au stade de l’analyse anthropologique (du squelette). Chaque ensemble de restes humains est examiné au complet. L’analyse du squelette vise à produire un profil biologique auquel on peut comparer la taille, l’âge au moment du décès, l’état pathologique et la dentition des militaires à qui les restes pourraient appartenir, afin de retenir ou d’exclure ceux-ci. Les renseignements médicaux recueillis au cours de l’étude historique aident les anthropologues à effectuer une analyse approfondie du squelette en vue d’identifier le militaire. À ce stade, on extrait aussi des échantillons qui pourraient être utilisés pour des tests génétiques.

Odontologie médico-légale

la santé dentaire d’un soldat lors de son attestation
Un document montrant
l’état de la santé dentaire
d’un soldat lors de son attestation.
Les membres du Corps dentaire royal canadien, en particulier ceux qui font partie de l’Équipe d’intervention en odontologie médico-légale des Forces canadiennes, appuient régulièrement le Programme d’identification des pertes militaires en mettant à profit leur expertise pour aider à identifier des restes humains inconnus. Chaque être humain possède des structures et des traits qui lui sont propres au niveau de la dentition et de la mâchoire, et ces caractéristiques peuvent être utilisées, avec d’autres identificateurs principaux (ADN, crête papillaire), pour déterminer l’identité d’une personne décédée. Si la recherche historique a permis de trouver des fiches dentaires, les odontologistes judiciaires des FAC comparent les éléments de preuve dentaire postérieurs au décès avec les fiches dentaires antérieures à la mort, afin de déterminer dans quelle mesure il y a correspondance avec les caractéristiques des militaires dont les noms ont été sélectionnés. L’analyse de la dentition et de toute prothèse peut mener à une identification catégorique ou simplement brosser un tableau d’ensemble de l’état de santé de la personne et fournir des indices quant à son identité.

Ensemble, la recherche historique, l’analyse anthropologique et l’odontologie médico-légale peuvent parfois permettre de confirmer l’identité du militaire dont on a retrouvé les restes humains. Toutefois, à ce stade, l’enquête peut simplement avoir servi à réduire le nombre de personnes dont il pourrait s’agir, en fonction de la taille, de l’âge, des fiches dentaires et des blessures. La plupart du temps, l’enquête se poursuit et on doit se fier à l’ADN pour confirmer une identité. Avant de procéder à l’analyse de l’ADN, on effectue une recherche généalogique pour trouver des descendants susceptibles d’être porteurs de l’ADN approprié.

Recherche généalogique

M. David Carey
M. David Carey recevant le
drapeau canadien et les médailles
appartenant à son grand-oncle
Sergeant de section John Joseph
Carey. Avec la permission du sujet.
Il y a deux raisons d’effectuer une recherche généalogique. Premièrement, elle permet de trouver des membres de la famille aptes et disposés à fournir un échantillon d’ADN en vue de confirmer l’identité de la personne dont les restes ont été découverts. Deuxièmement, elle donne la possibilité de connaître le plus proche parent qui pourrait vouloir assister aux funérailles militaires à venir.

Profilage génétique

Une fois réduite la liste des militaires dont il pourrait s’agir, les échantillons génétiques prélevés sur les restes humains sont comparés à ceux qui ont été recueillis auprès des membres de la famille retrouvés au moyen de la recherche généalogique. Les tests biologiques, comme l’établissement d’une concordance entre les profils d’ADN mitochondrial des restes retrouvés et celui des descendants des militaires à qui ces restes pourraient appartenir, constituent un moyen très fiable d’identifier directement un militaire ou d’éliminer certains noms. Parfois, grâce à la recherche historique, à l’analyse anthropologique et aux tests génétiques, on peut restreindre les possibilités à deux ou trois personnes. Dans de tels cas, il existe une dernière technique qui peut être utilisée, soit le profilage des isotopes stables.

Profilage des isotopes stables (profilage géochimique)

Dans le profilage des isotopes stables, on utilise les dents et l’os de la mâchoire pour déterminer le parcours migratoire des militaires. En effet, au cours de la vie, le corps emmagasine, dans les dents et les os, de l’oxygène (O8) provenant de l’eau, et les isotopes d’oxygène ont des signatures géographiques. Les isotopes sont des atomes qui portent le même numéro atomique (O8), mais dont le poids moléculaire diffère en raison du nombre variable de neutrons qu’ils possèdent. Étant donné que les valeurs de ces isotopes d’oxygène ont été consignées dans une base de données mondiale, on peut se fonder sur l’eau consommée dans différentes parties du monde pour déterminer à quel endroit un militaire décédé a vécu.

Les isotopes d’oxygène pénètrent dans le corps par l’eau potable consommée et sont intégrés dans l’émail des dents au cours de son développement, d’abord dans les incisives, puis dans les canines et les prémolaires et enfin dans les molaires, sur une période d’environ 20 ans. Comme l’émail des dents ne se transforme pas au cours d’une vie, l’analyse des dents qui se développent à différents âges peut fournir un profil géographique général des 20 premières années de vie d’un individu.

Les os aussi intègrent les isotopes d’oxygène dans leur structure. Mais, contrairement aux dents, ils se transforment tous les 10 ou 15 ans. Ainsi, toute analyse ne vaut que pour les 10 ou 15 dernières années. Pour ces raisons, l’utilisation des isotopes d’oxygène afin de différencier deux militaires à qui les restes pourraient appartenir se révèle une méthode idéale. La recherche historique peut permettre de déterminer où chacun de ces militaires a habité au cours de sa vie. Cette information est ensuite comparée aux schémas d’établissement déterminé par les tests de laboratoire à partir de la dentition (20 premières années de la vie) et de l’os de la mâchoire (15 dernières années de vie).

Chaque cas d’identification de perte militaire comporte ses défis particuliers. Mais grâce aux nouvelles technologies et à un accès accru aux documents historiques, il deviendra sans aucun doute possible d’identifier plus facilement et plus précisément les militaires canadiens portés disparus. Tenter d’associer un nom à chaque militaire canadien décédé dont les restes humains sont retrouvés constitue un objectif extrêmement important pour les Forces armées canadiennes. Après tout, ces hommes et ces femmes qui ont consenti à l’ultime sacrifice ne méritent rien de moins. Pour poursuivre la recherche
mandibule
Une mandibule montrant diverses
afflictions tels que des plombages,
la chute ante-mortem de dents
et l’éruption des troisièmes molaires.
maxillaire
Un maxillaire supérieur dont
les dents exhibent des traces de
tartre et des taches
associées à l’acte de fumer.