Molentje (Damme), en Belgique (1944 / 2014-2016)

Le canal Léopold
Le canal Léopold, tel qu’il est aujourd’hui
Mention de source :DHP

Le 11 novembre 2014, un amateur de détection d’objets métalliques a découvert un ensemble de restes humains dans un champ de ferme à Molentje (Damme), en Belgique, et a signalé cette découverte à la police. Cette dernière a récupéré une partie des restes et des artéfacts, qu’elle a remis aux Sépultures de guerre de la Belgique, et a pris en note l’emplacement de la découverte avant d’ordonner sa fermeture. Peu après, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CWGC) et la Direction – Histoire et patrimoine (DHP) ont été avisées de la découverte. Des recherches historiques ont confirmé qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale, The Algonquin Regiment était la seule unité à avoir mené une attaque à cet endroit dans la nuit du 13 au 14 septembre 1944. L’attaque lancée sur la Dérivation de la Lys et le canal Léopold visait à établir une tête de pont à l’intention de la 4e Division blindée du Canada. En raison de l’échec de l’attaque, The Algonquin Regiment a dû se retirer, laissant derrière lui de nombreux morts et blessés, dont huit soldats qui ont été ultérieurement portés disparus. Dans les mois qui ont suivi la découverte, la DHP a collaboré avec le gouvernement flamand et le Service intercommunal d’archéologie Raakvlak pour récupérer les restes se trouvant encore dans le champ. La récupération archéologique devait avoir lieu à un moment où il n’y avait pas de produits agricoles à récolter dans le champ, soit au début d’avril 2016. Le 5 avril, l’équipe archéologique du Raakvlak, avec l’aide d’une archéologue judiciaire de la DHP, a mis au jour les restes découverts à l’origine en 2014. Le personnel de la DHP s’est ensuite servi des dossiers du personnel et des dossiers médicaux et a travaillé de concert avec l’Équipe d’intervention en odontologie médico-légale des Forces canadiennes, qui a utilisé les dossiers dentaires. Grâce à l’ensemble des preuves provenant des diverses sources, le Conseil d’examen chargé de l’identification des pertes militaires a pu confirmer qu’il s’agissait des restes du soldat Kenneth Donald Duncanson, l’un des soldats portés disparus après le 14 septembre 1944.

La bataille du canal Léopold – Du 13 au 14 septembre 1944

En tant que participante aux batailles préliminaires ayant mené à la bataille de l’Escaut, la 4e Division du Canada est chargée de se déplacer le long de l’axe de Moerbrugge – Maldegem – Breskens. Après avoir traversé le canal de Gand à Moerbrugge, elle planifie la traversée de la Dérivation de la Lys et du canal Léopold. La zone choisie pour l’établissement de la tête de pont est le hameau de Molentje, au nord de Moerkerke. L’unité sélectionnée pour établir cette tête de pont est The Algonquin Regiment. Une fois parvenues du côté nord du canal Léopold, les quatre compagnies doivent avancer d’environ 200 à 400 mètres vers le nord, puis creuser et établir un périmètre de défense autour du vieux pont. Cela fait, les membres du génie sont censés construire un nouveau pont afin de permettre à la brigade de traverser les canaux et de progresser en direction nord-ouest vers les places fortes ennemies, à Sluis et à Aardenburg.

Croquis du plan  d’attaque de l’Algonquin Regiment
Croquis du plan d’attaque de l’Algonquin Regiment, près
de Molentje (Belgique) trouvé dans le journal de guerre de
l’Algonquin Regiment, septembre 1944.
Dossier de BAC : RG2400, volume 15000

Malheureusement, le plan est voué à l’échec : la diversion créée ne réussit pas à faire reculer les forces allemandes, la mise à l’eau des embarcations accuse du retard et l’appui de l’artillerie cesse trop rapidement. Beaucoup des pagayeurs d’autres régiments censés venir en aide à l’Algonquin Regiment n’arrivent jamais, ce qui oblige les troupes de l’Algonquin à entreprendre la traversée du canal avec les lourds bateaux d’assaut et à tenter de dépasser l’île où de nombreux soldats allemands font feu sur eux à partir de tranchées de tir cachées. Après avoir fait autant de prisonniers que possible, les membres de l’Algonquin Regiment traversent le deuxième canal et arrivent sur la rive nord épuisés, mais toujours déterminés. En raison du mauvais fonctionnement des radios et de la confusion dans l’obscurité, la compagnie « C » se déplace trop loin vers l’ouest, alors que la compagnie « D » s’éloigne trop vers l’est par rapport aux positions prévues. Un messager assure la communication entre les deux compagnies, qui décident alors d’échanger leurs objectifs. Ainsi, la compagnie « C » protège de pied ferme un flanc près de la rive du canal tandis que la compagnie « D » se déplace vers le nord en direction de la route de Damweg. Pendant ce temps, la compagnie « A » doit répartir ses soldats le plus possible pour couvrir tout le flanc gauche de la tête de pont, après s’être rendu compte que les champs du côté ouest ne sont pas inondés comme elle le pensait. La compagnie « B » se dirige avec difficulté vers le côté est de la route étant donné que le dégagement rapide des divers bâtiments effectué par la compagnie « A » n’a pas permis d’éliminer tous les tireurs allemands embusqués dans les maisons sombres. La compagnie « B » dispose de si peu de soldats indemnes qu’elle doit se glisser dans la position de la compagnie « A  » au carrefour des routes de Damweg et de Molentje et laisser un seul peloton pour couvrir le milieu de la tête de pont. Sous un tir très nourri, la compagnie « D » avance vers sa nouvelle position, mais ne parvient jamais à rejoindre la compagnie « B » pour remplir le grand vide au milieu du périmètre de défense.

Toute la nuit, les soldats allemands utilisent les nombreux espaces vides pour s’infiltrer dans les positions de l’Algonquin Regiment et, à l’aube du 14 septembre, les quatre compagnies commencent à manquer de munitions alors qu’elles essuient des tirs venant de toutes les directions. À midi, le régiment se rend compte qu’il est impossible d’utiliser la tête de pont, et un épais écran de fumée couvre sa retraite. À ce stade, les Allemands ont saisi un grand nombre des positions avancées de l’Algonquin, lui retirant toute possibilité de retraite. Le tir d’artillerie a endommagé tant de bateaux que les soldats ne peuvent que se déshabiller et traverser les canaux à la nage. Un groupe terriblement petit parvient à remonter de façon désordonnée sur la rive sud, convaincu que l’ennemi a subi tout autant de pertes et que le régiment a été vaincu uniquement parce que la 64e division d’infanterie allemande était de bien plus grosse taille que l’Algonquin et était mieux organisée qu’on ne le pensait.

plans de bataille
Ce croquis de l’histoire de l’Algonquin Regiment montre l’emplacement
approximatif des quatre compagnies près de Molentje, le 14 septembre 1944.

Mention de source :Warpath, du Maj G. L. Cassidy, The Ryerson Press, 1948,p. 141