Renseignements/information pour l'opération des Forces canadiennes (FC) RECORD

Les opérations internationale des FC ont le plus souvent fonctionné sous un mandat international. L'information internationale est présentée afin de fournir le contexte de l'opération canadienne (placée en second). Toutes les rotations liées à l'une opération canadienne particulière seront éventuellement mises en ligne.

RECORD
Le Lcol Don Matthews, cmdt, 439e Escadron
(Desert Cats), se prépare à mener une mission
au dessus du théâtre d’opérations koweïtien
(TOK).

Information internationale

Nom de l'opération internationale: Mission d’observation des Nations Unies pour l’Iraq et le Koweït (MONUIK)

Nom de la mission internationale: Mission d’observation des Nations Unies pour l’Iraq et le Koweït (MONUIK)

Organisme responsable: Nations Unies

Région géographique: Moyen-Orient

Lieu: Iraq, Koweït

Date: 9 avril 1991 - 6 octobre 2003

Mandat:

La MONUIK avait pour mandat de surveiller la zone démilitarisée le long de la frontière entre l’Iraq et le Koweït, de prévenir les violations de la frontière et de signaler tout acte d'hostilité.

Résolutions 687 (3 avril 1991), 689 (9 avril 1991) et 806 (5 février 1993) du Conseil de sécurité des Nations Unies, en vertu du Chapitre VII.

Notes de mission:

Le 28 février 1991, toutes les opérations offensives menées par la coalition contre l’Iraq par suite de son invasion du Koweït ont été suspendues. Le 3 avril, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 687, dans laquelle il établissait les modalités spécifiques du cessez-le-feu et précisait que celui-ci n’entrerait officiellement en vigueur que lorsque l’Iraq en accepterait les conditions. L’Iraq a accepté les conditions du cessez-le-feu le 6 avril.

On a confié la tâche de surveiller le cessez-le-feu à la Mission d’observation des Nations Unies pour l’Iraq et le Koweït (MONUIK), créée le 9 avril 1991 par la résolution 689 sur la recommandation du Secrétaire général. La MONUIK avait été établie pour une durée illimitée. Malgré le fait que le Conseil de sécurité devait réexaminer le bien-fondé de la MONUIK tous les six mois, il n’était nullement nécessaire d’obtenir une décision officielle pour prolonger l’existence de la mission. Toutefois, il en fallait une de la part du Conseil de sécurité pour y mettre un terme.

La MONUIK avait pour mandat de surveiller la zone démilitarisée (DMZ) le long de la frontière terrestre entre l'Iraq et le Koweït ainsi que la voie navigable Khawr Abd Allah et de signaler toute violation. La DMZ consiste en un territoire presque stérile de 200 km de long qui s’étend sur 10 km en Iraq et 3 km au Koweït. Les seuls signes d’habitation humaine dans la zone sont les champs de pétrole du secteur et les villes iraquiennes de Safwan et Umm Qasr.

Les observateurs de la MONUIK n’avaient pas l’autorité requise pour empêcher les incursions ou s’opposer physiquement aux contrevenants. En fait, étant sans armes, la seule option de ces observateurs était de signaler ce genre d’activités. Les forces policières de l'Iraq et du Koweït étaient responsables de la sécurité, mais n’étaient autorisées à porter que des armes courtes dans la zone démilitarisée. Néanmoins, on espérait que la seule présence de la MONUIK suffirait à décourager les violations et les hostilités.

Le groupe de reconnaissance de la MONUIK est arrivé dans le secteur le 13 avril. Le restant des troupes a vite suivi. Le 6 mai, la MONUIK était prête à surveiller le retrait des forces armées qui se trouvaient encore dans ce qui allait devenir la DMZ. Après un rapide retrait de celles-ci, la DMZ est entrée en vigueur le 9 mai. À partir de cette date, la MONUIK a pu assumer la totalité de ses fonctions.

La force initiale de la MONUIK se composait de 300 observateurs en provenance de 33 pays. De plus, les éléments de soutien regroupaient au total 155 personnes de 4 pays et les 301 militaires d’une unité du génie canadienne. Pour assurer la sécurité durant cette phase initiale, cinq compagnies d’infanterie et une compagnie de logistique ont été prélevées sur les contingents affectés à la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre. Ces compagnies étaient composées de soldats de six pays. Elles sont retournées à Chypre à la fin de juin 1991.

Aux fins des opérations, la DMZ était divisée en trois secteurs. Le secteur sud allait de la jonction de la frontière Iraq-Koweït-Arabie Saoudite jusqu’à un point juste au sud du lieu où la frontière entre l’Iraq et le Koweït tourne vers l’est. La zone sud comportait huit postes à partir desquels on effectuait les patrouilles. Le secteur nord partait de la fin du secteur sud et allait jusqu’à la voie navigable Khawr Abd Allah. Ce secteur comptait sept postes. La dernière zone était le secteur maritime, qui regroupait trois postes. En plus de ces postes, la MONUIK avait établi des postes d’observation temporaires dans des secteurs où les routes et les sentiers pénétraient dans la DMZ. Pour ses patrouilles sur la voie navigable Khawr Abd Allah, la MONUIK utilisait des hélicoptères et des aéronefs à voilure fixe. Dans la zone sud, la présence de mines et de munitions explosives non explosées avait pour effet de limiter les déplacements par route. Les patrouilles étaient donc souvent menées par aéronef en attendant qu’on parvienne à sécuriser les routes et les sentiers.

De mai 1991 à janvier 1993, on a constaté trois grands types de violations dans la DMZ : des incursions mineures par des militaires, des vols d’aéronefs militaires au-dessus de la DMZ et la présence d'armes autres que des armes courtes entre les mains des policiers. En janvier 1993, l’Iraq a commencé à pénétrer dans la DMZ et les territoires du Koweït pour y récupérer des biens et du matériel militaire lui appartenant. À ce moment-là, le nombre d’observateurs avait été réduit à 250. Le Secrétaire général a donc recommandé de porter de nouveau à 300 les effectifs de la MONUIK et d’y ajouter 3 bataillons d’infanterie comme mesure de dissuasion. Le Conseil de sécurité a approuvé ces recommandations dans sa résolution 806. Par la suite, le Secrétaire général a réduit ses exigences à un seul bataillon d’infanterie mécanisée. C’est le Bangladesh qui a fourni ce bataillon et le Koweït qui s’est chargé de lui procurer l’équipement. Le bataillon en question est devenu opérationnel le 5 février 1994.

Après le déploiement des troupes du Bangladesh, la situation le long de la frontière est redevenue calme. Les incidents et les violations de la DMZ ont continué, et on a même connu une période plus tendue lorsqu’il a été signalé que l’Iraq rassemblait des troupes au nord de la DMZ. En mars 1996, l’effectif de la MONUIK consistait en 245 observateurs et 1 111 militaires d’infanterie et de soutien provenant de 32 pays.

Le 17 mars 2003, en prévision de la campagne militaire contre l’Iraq orchestrée par les États Unis, le Secrétaire général a décidé de suspendre la MONUIK et de retirer ses forces. La plupart des participants sont retournés chez eux, à l’exception d’un seul petit détachement de 12 militaires et 20 civils qui sont restés à Koweït. Le mandat de la MONUIK est demeuré en suspens jusqu’à ce que la situation en Iraq soit éclaircie. Le 6 octobre 2003, le Conseil de sécurité a mis fin à la MONUIK.

Opération canadienne:

Opération RECORD : du 17 avril 1991 au 15 août 2001

La participation des Forces canadiennes à la MONUIK a commencé lorsque le Secrétaire général a demandé au Canada de détacher un lieutenant-colonel et un régiment du génie comptant jusqu'à 300 soldats. Le lieutenant-colonel devait agir à titre de sous-chef d’état-major au quartier général de la MONUIK. Les ingénieurs, quant à eux, seraient chargés de dégager les secteurs pour l’établissement des postes d’observation, de sécuriser les routes et les sentiers, de créer des sentiers supplémentaires pour permettre à la MONUIK de patrouiller la DMZ, d’exécuter des travaux de construction mineurs et d’aider à l’approvisionnement et à la purification de l’eau.

Le 17 avril 1991, on a émis l’ordre d’opération pour l’opération Record. On a chargé le 1er Régiment du génie (1 RG) de se déployer, appuyé par des militaires d’un peu partout au Canada. On a accepté de détacher un lieutenant-colonel, mais il occuperait plutôt le poste de chef adjoint des opérations de la MONUIK. Le soutien pour le contingent canadien affecté à la MONUIK incluait une section des communications constituée de 16 personnes du Commandement des communications des Forces canadiennes (CCFC) et un soutien logistique assuré par des aéronefs CC-130 Hercules de la BFC Lahr qui effectuaient deux vols d’approvisionnement par mois.

Les ingénieurs exécutaient toute une gamme de travaux de construction et de génie, mais le besoin le plus pressant était le déminage et l'élimination des munitions explosives non explosées (UXO) afin que la MONUIK dispose de voies sûres pour effectuer des patrouilles dans l'ensemble de la DMZ. Si les mines se comptaient par centaines de milliers, la plus grande menace venait des UXO. Bien qu’amorcés, de nombreuses bombes et d’autres engins explosifs n’avaient pas explosé en arrivant sur la surface trop moelleuse du sable. Maintenant que l’été approchait et que les températures grimpaient inexorablement, ils s’échaufferaient et risqueraient fort d’exploser d’eux-mêmes. Les vents pousseraient les UXO sur des sentiers déjà sécurisés et, avec le mouvement constant du sable, de nouvelles UXO seraient révélées.

Les ingénieurs canadiens ont construit plus de 1 000 km de nouveaux sentiers, mais le travail d’entretien requis pour garder dégagés les 2 000 km de sentiers existants constituait également une tâche considérable étant donné qu’il pouvait s’accumuler jusqu’à 1,5 mètre de sable en une seule journée. Comme le vent déposait parfois des UXO sur les pistes, il était en outre nécessaire de mener quotidiennement des inspections pour garantir la sécurité des troupes. Il est arrivé qu’une niveleuse perde un pneu à cause d’une UXO.

Le 1 RG a également construit des postes d’observation pour les observateurs de la MONUIK. Pour les quartiers généraux de chacun des secteurs, on a coulé des fondations pour les roulottes ATCO, on a construit des systèmes d’égout et des tours de communication et on a installé des clôtures. Les autres rotations se sont ensuite occupées de l’entretien ou de l’amélioration de ces installations.

Par ailleurs, les ingénieurs devaient soutenir le travail de la Commission des Nations Unies chargée du tracé de la frontière entre l’Iraq et le Koweït. Cette tâche ne faisait pas partie du mandat original, mais elle était néanmoins cruciale. Le Canada a approuvé cette tâche et, sans tarder, les ingénieurs ont entrepris de dégager la ligne frontalière proposée de toute mine ou munition explosive non explosée afin qu’on puisse y emmener l’équipement lourd indispensable pour construire la route qui permettrait à la Commission du tracé de la frontière de mener ses travaux et aux ingénieurs d’installer les marqueurs. La première rotation d’ingénieurs a aidé à installer des marqueurs temporaires tandis que les deux dernières rotations ont installé 106 marqueurs frontaliers permanents en béton à intervalles de 2 km. Chaque pilier pesait 1 800 kg et était visible à de nombreux kilomètres à la ronde.

Le Canada s’était engagé à fournir le soutien en matière de génie pendant deux ans. La planification pour les rotations 1 et 2 a commencé presque aussitôt après le déploiement du 1 RG. On envisageait maintenant de réduire la taille du contingent à 85 personnes; on a désigné le 5e Régiment du génie pour la rotation 1. Le 59e Escadron de campagne du 5e Régiment du génie a remplacé le 1 RG dans le théâtre des opérations le 8 octobre 1991 et y est resté jusqu’au 1er avril 1992. Le contingent comptait 85 militaires.

La rotation des militaires du CCFC a eu lieu en même temps que la rotation 1. On a réduit leur nombre à six personnes, et les rotations subséquentes en comptaient encore moins. Leur rôle principal était d’assurer les communications entre le Canada, le contingent du génie et les observateurs militaires canadiens.

On a entrepris la planification pour la rotation 2 en juin 1991. Le 23e Escadron du génie du 2e Régiment du génie (2 RG) a été chargé de fournir la majeure partie des 53 militaires requis. Le 2 RG a déployé des troupes le 30 mars 1992. L'une de leurs premières tâches consistait à déménager la base de logistique du génie de Doha à Umm Qasr pour la rapprocher de la zone d'opérations.

La troisième et dernière rotation, également confiée au 2 RG, consistait en 44 militaires. Leur déploiement a commencé au début d’octobre 1992. Un tiers des militaires étaient des réservistes du 2e Régiment du génie (Milice) et du 3e Escadron du génie. À la mi-janvier, on avait réduit la contribution canadienne à 29 personnes. La contribution canadienne tirait lentement à sa fin et les militaires retournaient au Canada. La majeure partie des militaires du 2 RG ont quitté le Koweït le 27 mars et ont été remplacés par un escadron d’ingénieurs argentin.

Le départ des ingénieurs n’a pas mis un terme à la participation du Canada à la MONUIK. En plus des ingénieurs et des spécialistes des communications qui les accompagnaient, le Canada avait détaché un observateur militaire au quartier général de la MONUIK. Le départ des ingénieurs approchant, le Canada a laissé savoir aux Nations Unies en novembre 1992 qu’il était disposé à faire passer le nombre d’observateurs à cinq. Les Nations Unies ont donc fait une demande pour quatre observateurs supplémentaires, laquelle a été approuvée au début de mars 1992.

Chaque observateur canadien a été en poste à la MONUIK pendant un an. Les fonctions de ces personnes étaient les mêmes que celles des premiers observateurs militaires des Nations Unies. L’opération Record a pris fin le 15 août 2001 lorsque le dernier militaire canadien a quitté le Koweït.