La Croix de Victoria canadienne

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Direction – Distinctions honorifiques et reconnaissance
Quartier général de la Défense nationale
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Ottawa ON K1A 0K2
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La Chancellerie des distinctions honorifiques
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1, promenade Sussex
Ottawa ON K1A 0A1
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1-800-465-6890


Avant-propos

Bienvenue à cette édition révisée de la brochure intitulée Pro Valore: la Croix de Victoria canadienne, qui donne un aperçu de la création de la nouvelle Croix de Victoria et de l’histoire de cette décoration au sein des forces armées du Canada. L’édition originale ayant reçu un accueil extrêmement favorable, nous avons décidé de publier une version révisée et légèrement plus longue de la brochure.

En tant que plus haute décoration de vaillance militaire dans les forces armées du Canada, la Croix de Victoria a une longue et illustre histoire. Qu’il s’agisse des 81 Croix de Victoria britanniques décernées à des militaires canadiens ou de la création et de la production de la Croix de Victoria canadienne, le sujet compte de nombreux aspects fascinants.

La présente brochure est étroitement liée à de nombreux éléments additionnels se trouvant sur le site Web de la Direction – Histoire et patrimoine (www.forces.gc.ca), notamment toutes les citations complètes tirées de la London Gazette, ainsi que des images et des notices biographiques pour chaque récipiendaire. La version électronique de la brochure elle-même se trouve aussi sur le site de la DHP.

Bonne lecture!


Serge Bernier, CD, Ph.D.
Directeur – Histoire et patrimoine

Introduction


Des militaires en deuil attendent
en file sur la Colline du Parlement,
à Ottawa, pour rendre un dernier
hommage à Ernest « Smokey » Smith,
V.C., C.M., O.B.C., C.D., exposé en
chapelle ardente le 9 août 2005
Photo : Centre d’imagerie interarmées
des Forces canadiennes,
ministère de la Défense nationale

La file s’étendait de la porte principale de l’édifice du Centre du Parlement, à Ottawa, jusqu’au-delà de l’entrée du Sénat, tout le long du sentier en pente et jusqu’à la moitié de l’édifice de l’Est. La plupart des gens qui la composaient portaient l’uniforme noir, vert ou bleu propre à l’une des trois armées des Forces canadiennes. On comptait aussi quelques civils ici et là. C’était le mardi 9 août 2005. Le ciel était clair, le soleil, haut dans le ciel, le temps, chaud. Des hommes et des femmes attendaient en file de rendre personnellement un ultime hommage à un héros, le dernier récipiendaire canadien de la Croix de Victoria à s’éteindre.

Le Sergent Ernest Alvia « Smokey » Smith, V.C., CM, O.B.C., CD, était mort en paix à son domicile de Vancouver, le 3 août, à l’âge de 91 ans. Après quelques cérémonies préliminaires tenues à Vancouver immédiatement après son décès, on a transporté par avion à Ottawa les vestiges de crémation du Sergent Smith, dans le but de les exposer en chapelle ardente dans le foyer de la Chambre des communes, à l’édifice du Centre du Parlement. Cet honneur n’avait été accordé auparavant qu’à une poignée d’éminents Canadiens – anciens gouverneurs généraux, premiers ministres ou députés – à la notable exception du Soldat inconnu en l’an 2000. Le Sergent Smith a eu droit à cet honneur tout à fait à propos, en cette Année de l’ancien combattant. Tandis que les porteurs transportaient le cercueil dans l’édifice, on a fait sonner la cloche de la Tour de la Paix 91 fois en tout. Dans l’ensemble de la capitale nationale et du Canada et sur les immeubles canadiens à l’étranger, les drapeaux ont été mis en berne. Le 9 août au matin, après la tenue d’une cérémonie privée regroupant dignitaires et hauts fonctionnaires, les portes principales du Parlement ont été ouvertes au public. Les nombreux militaires et civils en file ont lentement progressé vers l’intérieur, signant le livre de condoléances, remarquant la veille militaire établie et rendant hommage au défunt. L’un des reporters a signalé que certains des visiteurs souriaient, tandis que d’autres « saluaient ou inclinaient la tête en se recueillant silencieusement, tandis qu’ils se tenaient près du cercueil contenant les cendres du Sergent Smith ». (Traduction libre)

Quatre jours plus tard, soit le 13 août, d’imposantes funérailles militaires ont eu lieu à Vancouver. La cérémonie a commencé à 10 h au manège militaire du régiment Seaforth, où les restes du Sergent Smith faisaient l’objet d’une veille depuis le jour précédent. La procession, regroupant des centaines de militaires, hommes et femmes, a lentement défilé le long de la rue Burrard, empruntant le même trajet que les anciens combattants du Seaforth Highlanders of Canada – le régiment auquel appartenait le Sergent Smith pendant la guerre – avaient suivi à leur retour au Canada à l’automne de 1945. Des milliers de personnes en deuil debout dans les rues, sous le soleil ardent, regardaient passer le cercueil du Sergent Smith, drapé du drapeau national, posé sur un ancien affût de canon et encadré par des porteurs honoraires de la Marine, de l’Armée de terre et de la Force aérienne. Lorsque le cercueil a traversé le pont de la rue Burrard, quatre chasseurs CF18 ont effectué un survol, adoptant la formation en hommage aux disparus afin de signifier la « perte d’un camarade ». Une délégation d’anciens combattants s’est jointe au cortège funèbre alors qu’il s’approchait de sa destination finale.

Après un trajet de deux kilomètres, le cortège funèbre a atteint la St. Andrew’s Wesley United Church, où devait se dérouler le service funèbre. Huit porteurs, tous du régiment Seaforth, ont retiré le cercueil posé sur l’affût de canon et ont transporté les restes du Sergent Smith dans l’église. Les gens rassemblés à l’extérieur de l’église bondée, qui souhaitaient rendre hommage au défunt, ont commencé à applaudir. Les funérailles comportaient les éléments habituels, soit principalement des prières, des hymnes et des allocutions. Parallèlement, quelques pièces musicales jouées pendant le service funèbre, comme Way Down Yonder in New Orleans, l’une des préférées du Sergent Smith, rappelaient « le petit côté irrévérencieux bien connu de Smith ».

Les dernières volontés de Smokey Smith concernant son lieu de repos ont été accomplies le lendemain des funérailles. Il avait demandé que ses cendres soient dispersées au-dessus de l’océan Pacifique. L’« insigne honneur » d’exécuter cette tâche a été confiée à l’équipage du NCSM Ottawa, l’une des frégates canadiennes stationnées non loin de là, à Esquimalt. Le matin du 14 août, la famille immédiate de Smith, emportant les cendres de ce dernier, a pris place à bord de l’Ottawa pour le bref voyage. Un peu après 10 h 30, les restes de Smokey Smith ont été dispersés au-dessus des eaux au large de Point Atkinson, près de Howe Sound.

La voiture d’état-major allemande est le premier véhicule ennemi à traverser la ligne de barrages routiers et de mines antichars établie par le peloton de chasse aux chars du Seaforth. Le chauffeur de la petite Volkswagen s’est débrouillé pour éviter les mines et a réussi à traverser la ligne sans blessure. Cependant, il n’a pas vu le soldat du Seaforth armé d’un lance-bombes antichars d’infanterie (PIAT) lancer sa bombe à bout portant. Le chauffeur est coupé en deux et la voiture a roulé dans le fossé. Un officier supérieur allemand est sorti du véhicule démoli et semble commencer à hurler des ordres. Il ne fait pas long feu non plus.

Ce qui s’est ensuivi a confirmé l’utilité de la présence d’un peloton antichars au sein du Régiment. La nuit précédente, soit le 21 octobre 1944, le Seaforth Highlanders of Canada avait lancé une attaque sur la rivière Savio, le long de la côte Est de l’Italie. Le temps était exécrable : des pluies diluviennes faisaient monter le niveau de la rivière jusqu’à la taille. Le courant était fort, ce qui rendait la traversée difficile. Mais le pire effet se faisait sentir sur l’abrupte rive éloignée, qui était devenue extrêmement glissante. Néanmoins, les officiers et les hommes de troupe des compagnies « D » et « B », mouillés et couverts de boue, sont parvenus à traverser la rivière et à consolider leurs positions le long de la rive. Tandis que les deux compagnies progressaient, elles étaient harcelées par les tirs de mortier et de mitrailleuse.

Les compagnies « A » et « C » sont alors allées de l’avant, ont dépassé les compagnies de tête et se sont enfoncées plus profondément en territoire ennemi. La compagnie « C » du Seaforth progressait à la droite, se déplaçant sur une route menant au village de Pieve Sestina, puis poussant un peu plus loin jusqu’à une église voisine. Le peloton de chasse aux chars, qui avait initialement traversé la rivière avec la compagnie « B », a été détaché et est allé de l’avant avec la compagnie « C ». Malheureusement, l’avance exposait les compagnies « A » et « C » à des attaques de tous côtés, car, après tout, elles avaient franchi la ligne de front allemande. Elles étaient entourées de toutes parts par des fantassins, des mitrailleurs, des chars et des canons automoteurs ennemis, sauf là où elles entretenaient des connexions ténues avec les compagnies « B » et « D ».

Tandis qu’elle s’approchait de l’église vers 4 h, la compagnie « C » a essuyé le feu ennemi. Pire encore, on entendait des blindés allemands se déplacer dans le secteur. Les soldats canadiens ont vite commencé à creuser. La compagnie « C » ne disposait pas de soutien antichars, les chars et les canons antichars canadiens étant toujours retenus à l’est de la rivière Savio. Le Sergent Keith Thompson, qui commandait le peloton de chasse aux chars, a déployé celui-ci et a fait ériger des barrages routiers. Les soldats, armés de PIAT, se sont cachés dans les tranchées le long de la route en vue de la très probable avance des blindés ennemis. Le Sergent Thompson a personnellement placé une série de mines antichars le long de la route et les a camouflées. Les Allemands sont bientôt sortis de derrière certains des immeubles situés près de l’église. La première victime a été la voiture d’état-major, mais les paroles de l’officier ennemi avaient été entendues, et un canon automoteur chenillé de 75 mm est bientôt apparu. Il a continué à avancer avec fracas vers les membres du Seaforth et leur barrage routier. Le Soldat K.W. Ballard a lancé une bombe dans sa direction avec son PIAT, mais celle-ci est passée au-dessus du canon automoteur. Heureusement, tandis que le monstre continuait de progresser, il a roulé sur l’une des mines antichars et a perdu une chenille, bloquant la route par la même occasion. Les membres du Seaforth ont poussé des hourras et l’un des soldats a jeté une grenade à main dans la tourelle du canon automoteur, tuant l’équipage.


Photo du Sergent Smokey Smith,
prise quelque temps après l’obtention
de sa Croix de Victoria.

Photo : Direction – Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Une voiture d’état-major détruite. Un canon automoteur immobilisé. Venait ensuite un Panther. C’était une tout autre histoire. Il ne s’agissait pas d’un véhicule non blindé ni d’une pièce d’artillerie munie d’un blindage mince. Le Panther était l’un des chars les plus meurtriers de l’arme blindée allemande. Il s’est avancé derrière le canon automoteur fumant et s’est arrêté. Les chasseurs de chars du Seaforth étaient prêts. Le Soldat Ernest Alvia « Smokey » Smith avait auparavant installé deux hommes et un PIAT dans une position de l’autre côté de la route, au cas où l’on aurait besoin d’eux. Avant l’arrivée du Panther, le Soldat Smith et le Soldat James Tennant ont retraversé la route et saisi un deuxième PIAT. Tandis que le Panther s’approchait de leur position, il a ouvert le feu au moyen de sa mitrailleuse MG-34. De plus, les fantassins allemands sur le char lançaient des grenades dans la direction des Canadiens.  Le Soldat Tennant – on disait que Smith et lui s’entendaient comme larrons en foire – a été blessé à l’épaule et au bras par des éclats de shrapnel. Le Panther se trouvait maintenant à moins de 10 mètres de la position de Smith. Il a sauté hors du fossé, puis s’est recouché à terre, dans une position très exposée, afin de pouvoir viser le mieux possible avec son lanceur. Il a tiré. De nombreuses années plus tard, le Soldat Smith se rappellera qu’il avait à peine eu le temps de viser. Le Panther a fait encore quelques verges, puis il s’est arrêté. Gravement touché, il a commencé à tenter de s’éloigner de la position canadienne.

Le Panther n’était peut-être plus une menace, mais il semblait que le tir antichars n’avait pas d’effet sur les quelque 10 fantassins allemands qui avaient fait le trajet à l’arrière du char.   Maintenant, ils sautaient à terre, armés de mitraillettes et de grenades en forme de pilons à pommes de terre, et ils chargeaient dans la direction du Soldat Smith. Totalement imperturbable, celui-ci a refusé de reculer et a plutôt avancé sur la route. Utilisant sa mitraillette Thompson, il a tiré sur les Allemands à bout portant, en tuant quatre et forçant les autres à reculer. Un autre véhicule blindé ennemi qui se trouvait à proximité a ouvert le feu dans la direction du Soldat Smith et l’infanterie allemande a commencé à se regrouper et à avancer de nouveau. Le Soldat Smith a maintenu sa position, rechargé son arme et protégé son camarade blessé jusqu’à ce que les Allemands capitulent et se retirent.

Encore une fois, un char ennemi a commencé à tirer en direction du Soldat Smith. Et, une fois de plus, ce dernier a fait fi de la menace et a emmené le Soldat Tennant, qui saignait alors abondamment, jusqu’à l’église avoisinante pour qu’il obtienne de l’aide du personnel médical du Bataillon. Le Soldat Smith est ensuite retourné à sa position défensive sur le bord de la route, au cas où l’ennemi récidiverait. Mais il n’y a eu aucune autre attaque. Le Soldat Smith venait d’accomplir des actions dignes de la Croix de Victoria.

Tandis que Smokey Smith se battait, d’autres chars allemands et canons automoteurs ont tenté d’attaquer le Seaforth en passant par l’autre côté de l’église. Eux aussi ont échoué, le peloton de chasse aux chars poursuivant le combat, détruisant deux des armes de l’ennemi et tuant de nombreux soldats. Les hommes du Sergent Thompson ont été magnifiques. Le Sergent Thompson a lui-même reçu plus tard une Médaille de conduite distinguée pour son « sang-froid et sa ténacité » ainsi que son ses qualités de dingeant. Les incendies causés par la destruction des chars et des canons ennemis ont bientôt éclairé le ciel. Des cadavres allemands jonchaient le sol. À 6 h, l’ennemi s’était retiré; cette partie de la bataille était terminée.

À première vue, la Croix de Victoria ne paraît pas impressionnante. Avec son fini mat et son simple ruban cramoisi, la médaille d’un brun foncé uniforme semble dérisoire à côté de décorations aux couleurs plus vives décernées par les régimes de distinctions honorifiques britannique ou canadien. Il serait malheureux, toutefois, d’en arriver à pareille conclusion. La Croix de Victoria doit la considération, voire la révérence, qu’elle inspire en partie à sa simplicité et à l’idée que la reconnaissance d’un acte de bravoure ultime, souvent fatal, n’exige pas un insigne compliqué ou ostentatoire. Un dessin simple, énergique et discret rend un plus grand hommage.

Plus de 1 300 Croix de Victoria ont été décernées à des marins, des soldats et des aviateurs de l’Empire britannique et, plus tard, des nations du Commonwealth, contribuant ainsi considérablement au patrimoine militaire de ces pays. En vérité, la décoration a une portée encore plus grande, car certains des récipiendaires étaient les fils d’autres nations qui s’étaient engagés dans un pays de l’Empire britannique ou du Commonwealth et avaient accompli un acte de bravoure insigne. Certains récipiendaires ont survécu à leur acte de bravoure et reçu leur décoration de leur vivant, ce qui ne fut pas le cas d’autres, dont les pierres tombales spécialement gravées se dressent dans les cimetières militaires du Commonwealth et d’autres partout dans le monde.

Dans certains endroits du Commonwealth, la Croix de Victoria reste la plus haute distinction décernée pour acte de bravoure face à l’ennemi. Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont tous adopté leur propre Croix de Victoria. Dans ces deux derniers pays, elle est identique à la décoration originale. La décoration canadienne est décernée pour « reconnaître des actes de bravoure ou d'abnégation insignes, ou le dévouement ultime au devoir, face à l'ennemi ». C’est cette dernière condition (« face à l’ennemi ») qui établit une distinction entre la Croix de Victoria et la Croix de la vaillance et qui en fait, respectivement et tout simplement, les deux plus hautes décorations visant à reconnaître les actes de courage civils et militaires.

Comme l’ont souligné l’exposition en chapelle ardente et les funérailles de « Smokey » Smith, la Croix de Victoria touche toujours profondément les Canadiens, même si plus de 60 ans se sont écoulés depuis la dernière fois où elle a été décernée à un militaire canadien. Dans les années 80 et 90, les débats sur sa place dans le Régime canadien de distinctions honorifiques ont conduit à la création, en 1993, de la version canadienne de la médaille. En 2006, des timbres et des pièces de monnaie soulignant le 150e anniversaire de la création de la distinction originale se sont ajoutés à la collection toujours croissante d’objets et d’ouvrages rappelant l’histoire de la Croix de Victoria et du Canada. Sa place au premier rang du Régime canadien de distinctions honorifiques est assurée.

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LES MILITAIRES CANADIENS ET LA CROIX DE VICTORIA

LA PLUS CÉLÈBRE DES DÉCORATIONS DE LA VAILLANCE MILITAIRE britanniques a été , la Croix de Victoria, a été créée en 1856. Approuvée par la reine Victoria comme plus haute distinction britannique pour acte de bravoure, la Croix de Victoria était décernée à des « officiers ou des hommes qui Nous [la Couronne] ont servi face à l’ennemi et qui ont accompli un acte de bravoure insigne ou se sont dévoués pour leur pays ». Cela signifiait que tout le personnel militaire, indépendamment du grade ou de la structure sociale, y avait droit, ce qui marquait un changement important par rapport à l’ancienne politique en matière de récompenses individuelles. En 1902, il est également devenu possible de décerner la Croix de Victoria à titre posthume, ce qui en a fait une des très rares décorations britanniques décernées pour acte de bravoure pouvant être accordées à des soldats, des marins et des aviateurs tués alors qu’ils accomplissaient un acte héroïque (les autres étant la Croix de George et la citation à l’ordre du jour).

Le nombre de Canadiens récipiendaires de la Croix de Victoria varie sensiblement selon la façon dont le total est calculé. Quatre-vingt-une Croix de Victoria ont été décernées à des militaires canadiens (Terre-Neuve comprise), de la guerre d’Afrique du Sud à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Treize autres l’ont été à des hommes nés au Canada qui ont servi dans des unités de l’armée britannique. Plus d’une dizaine d’autres militaires pourraient être-ajoutés à la liste comme étant liés au Canada par l’immigration en provenance du Royaume-Uni, le service en garnison au Canada ou, dans l’un des cas, par un acte héroïque accompli au Canada

Il n’est pas étonnant que les premières Croix de Victoria associées au Canada aient été décernées à des officiers et à des hommes nés au Canada qui servaient dans des unités militaires britanniques dans les années précédant l’envoi des forces armées canadiennes dans des théâtres étrangers. Le Lieutenant Alexander Roberts Dunn a gagné sa Croix de Victoria pendant la guerre de Crimée, tandis que le Matelot de 2e classe William Hall et le chirurgien Herbert Taylor Reade ont reçu la leur pour acte de bravoure pendant la Rébellion indienne, William Hall devenant le seul récipiendaire canadien à accrocher sa Croix de Victoria au ruban bleu foncé utilisé par la Royal Navy jusqu’en 1918. Le chirurgien adjoint Campbell Mellis Douglas, dernier récipiendaire né au Canada de cette période, a reçu sa médaille pour avoir sauvé des vies en mer en 1867.

La guerre d’Afrique du Sud

Quand la guerre d’Afrique du Sud a éclaté, aucun militaire servant sous l’uniforme canadien n’avait encore reçu la Croix de Victoria. Cela n’allait pas tarder à changer. En 1899, le gouvernement canadien a envoyé pour la première fois des unités militaires constituées se battre dans un conflit outre-mer. Le conflit portait sur des désaccords majeurs entre les Boers et les colons britanniques, mais le Canada y participait pour soutenir la mère patrie. Le Canada a dépêché en Afrique du Sud des unités d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie, ainsi que des unités médicales, mais seuls des membres des unités de cavalerie allaient recevoir la Croix de Victoria.


Le Sergent Arthur Herbert
Lindsay Richardson
portant la Croix de
Victoria et la Médaille de
la Reine pour l’Afrique du
Sud (sans barrette).
photo : Direction - Histoire
et patrimoine, ministère de la
Défense nationale

Le Sergent Arthur Herbert Lindsay Richardson a été le premier membre des forces armées canadiennes à recevoir la Croix de Victoria. Membre du Lord Strathcona’s Horse, il était né à Southport, en Angleterre, en 1873, et avait émigré par la suite au Canada. Après avoir travaillé dans un ranch, il était entré dans la Police à cheval du Nord-Ouest, où il était caporal au moment de son enrôlement dans l’armée. Le cavalier se trouvait avec une trentaine d’autres membres de son unité à Wolve Spruit, en Afrique du Sud, le 5 juillet 1900, quand ils sont arrivés face à quelque 80 Boers. Il y a eu échange de coups de feu, puis l’ordre de se retirer a été donné et les membres du Strathcona’s ont commencé à se replier. Le Sergent Richardson a remarqué qu’un de ses compagnons gisait blessé sur le champ de bataille, son cheval abattu sous lui. Il a alors éperonné sa monture, qui était également blessée, et s’est dirigé vers son compagnon, qui se trouvait à moins de 300 mètres des fusiliers ennemis. Après avoir hissé le Canadien blessé sur sa monture, il l’a ramené en sécurité.

Les trois autres Croix de Victoria décernées à des militaires canadiens pendant la guerre d’Afrique du Sud l’ont été à des membres du Royal Canadian Dragoons. C’est la seule fois où trois Canadiens de la même unité, à savoir les Lieutenants Hampden Zane Churchill Cockburn et Richard Ernest William Turner et le Sergent Edward James Gibson Holland, se sont vu décerner la Croix de Victoria pour actes héroïques accomplis dans la même bataille.

Le 7 novembre 1900, les forces canadiennes et britanniques se sont retrouvées au coeur d’une véritable bataille avec l’ennemi, près de Leliefontein. L’arrière-garde canadienne – qui protégeait le corps principal des fusiliers montés et de l’artillerie – se composait de cavaliers des Royal Canadian Dragoons et de deux canons de campagne de la « D » Battery, Royal Canadian Artillery. À un moment donné, tandis que le repli s’était amorcé, environ 200 Boers montés ont chargé l’arrière-garde. Le Sergent Holland, né à Ottawa, en Ontario, en 1878, était prêt. Armé d’une mitrailleuse Colt montée sur un affût tiré par un cheval, il a positionné son arme de façon à protéger les canons canadiens. Tandis que les Boers avançaient, il a continué de faire feu calmement, apparemment indifférent au danger croissant auquel sa position était exposée. Puis, alors que les Boers se rapprochaient de lui, il s’est préparé à se replier. Cependant, le cheval qui tirait l’affût de la mitrailleuse avait été touché et gisait au sol. Le Sergent Holland a tout simplement soulevé la mitrailleuse de l’affût, glissé le canon brûlant sous son bras et couru se mettre à l’abri.

La Première Guerre mondiale Info

C’est pendant la Première Guerre mondiale que le rôle militaire du Canada à l’étranger a pris des proportions incroyables quant au nombre de Canadiens sous les drapeaux, aux pertes effroyables subies et à l’impact du Corps canadien sur les campagnes auxquelles il a participé. Le nombre de Croix de Victoria décernées à des membres du Corps expéditionnaire canadien (CEC) reflète l’intensité de la contribution de la nation, 64 médailles ayant été attribuées à ses soldats et à ses aviateurs.


La plaque commémorative érigée
par le Women’s Canadian Club
of Winnipeg
en 1925,
à l’occasion du remplacement
du nom de Pine Street par
celui de Valour Road, à Winnipeg.
photo : Direction - Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Le Caporal suppléant Frederick Fisher a été le premier membre du CEC à recevoir la Croix de Victoria. La 1re Division était arrivée sur le continent en février 1915 et avait passé plusieurs semaines à s’habituer à la vie en zone de guerre. Le Caporal suppléant Fisher appartenait au 13e Bataillon du CEC, qui était l’une des nombreuses unités composant la 1re Division. Frederick Fisher, né à St. Catharines, en Ontario, en 1896, avait fait ses études secondaires et universitaires à Montréal puis, quand la guerre avait éclaté, il s’était enrôlé dans le 5th Regiment, Royal Highlanders of Canada. Il commandait une équipe chargée d’une mitrailleuse Colt le 23 avril 1915, quand le 13e Bataillon a participé à la deuxième bataille d’Ypres, dans les Flandres, en Belgique. À un certain moment dans la bataille, il a remarqué qu’une batterie d’artillerie canadienne était attaquée par l’infanterie allemande et qu’elle risquait d’être prise. Il a donc porté en avant ses mitrailleurs et installé la mitrailleuse Colt devant la batterie, le tout sous un feu nourri. Quatre membres de l’équipe ont été tués ou blessés tandis qu’ils fauchaient les rangs des assaillants allemands. Le Caporal suppléant Fisher s’est déplacé vers l’arrière et a réuni quatre autres hommes pour reconstituer son équipe, mais il a perdu contact avec eux en rebroussant chemin. Il est donc retourné seul à la mitrailleuse Colt. Cela ne l’a pas empêché de continuer de tirer le temps que la batterie d’artillerie se replie. Le Caporal suppléant Fisher a été tué et sa dépouille n’a jamais été retrouvée.

Le Caporal suppléant Fisher n’est pas le seul Canadien à avoir reçu la Croix de Victoria pour son comportement lors de la deuxième bataille d’Ypres. Le Capitaine Francis Alexander Caron Scrimger, le Lieutenant Edward Donald Bellew et le Sergent-major de compagnie Frederick William Hall l’ont également méritée les 24 et 25 avril 1915. Deux mois plus tard, le 15 juin 1915, le Lieutenant Frederick William Campbell gagnait sa Croix de Victoria, et aucune autre ne serait décernée à un membre du CEC avant 15 mois.


Le Lieutenant Frederick Maurice Watson Harvey posant
avec un cavalier du Lord Strathcona’s Horse
(Royal Canadians), CEC, et sa monture.
photo : Direction - Histoire et patrimoine, ministère de la
Défense nationale

Entre-temps, les forces canadiennes sur le terrain continuaient d’augmenter, à mesure que d’autres divisions rejoignaient la 1re Division en France et dans les Flandres pour former le Corps canadien. Ce dernier a acquis l’expérience de combat dans les Flandres jusqu’à ce qu’il rejoigne, à l’automne 1916, les troupes qui livraient bataille plus au sud, dans la région de la Somme, en France. Pendant les quelques mois qui ont suivi, trois membres du CEC ont mérité la Croix de Victoria avant que le Corps canadien quitte la Somme pour la région d’Arras. Il s’agit du Caporal Leo Clarke, le 9 septembre, du Soldat John Chipman Kerr, une semaine plus tard, et du Cornemuseur James Cleland Richardson, le 8 octobre. La Croix de Victoria décernée à Leo Clarke est l’une des trois attribuées à des habitants de la rue Pine, à Winnipeg, au Manitoba, pendant la Première Guerre mondiale (les autres récipiendaires étant le Lieutenant Robert Shankland et le Sergent-major de compagnie Frederick William Hall). La rue Pine a par la suite été rebaptisée « Valour Road » en leur honneur.

Ce ne sont pas tous les combattants du CEC en France et dans les Flandres qui ont combattu en tant que membres du Corps canadien. Certains, comme les membres de la Brigade de cavalerie canadienne, se sont battus auprès de formations britanniques ailleurs. Dans l’une de ces unités, un officier de cavalerie canadien a gagné la Croix de Victoria le 27 mars 1917. Le Lieutenant Frederick Maurice Watson Harvey, membre du Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians), CEC, était né à Athboy, en Irlande, en 1888, et il avait émigré par la suite au Canada. Les membres du Strathcona’s avançaient sur le village de Guyencourt, en France, qui était tenu par l’ennemi, quand la cavalerie a commencé à essuyer des tirs de mitrailleuse et de fusil provenant d’une tranchée ennemie creusée aux abords du village. Les pertes ont vite commencé à grimper dans les troupes de tête que commandait le Lieutenant Harvey, et les hommes et leurs chevaux se sont déplacés vers une position plus sûre. Cependant, une équipe de mitrailleurs allemands pouvait encore les atteindre. Le Lieutenant Harvey a sauté  de sa monture et s’est mis à courir en terrain découvert en direction de la mitrailleuse, tout en tirant avec son pistolet. Il a sauté par-dessus le fil barbelé tendu devant la tranchée, a abattu le mitrailleur et s’est emparé de la mitrailleuse.


Des soldats près de la tombe du Sergent suppléant Ellis
Wellwood Sifton, sur le champ de bataille de la crête de Vimy.
photo : Direction - Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Cependant, au cours de cette période, les Canadiens s’intéressent surtout à l’attaque du Corps canadien sur la crête de Vimy, le 9 avril 1917. Pour la première fois, les quatre divisions canadiennes attaquaient ensemble. Quatre Canadiens ont mérité la Croix de Victoria au cours de la bataille de la crête de Vimy : le Capitaine Thain Wendell MacDowell et le Soldat William Johnstone Milne, le 9 avril, ainsi que le Soldat John George Pattison, le lendemain.

Le quatrième homme, le Sergent suppléant Ellis Wellwood Sifton, membre du 18e Bataillon du CEC, a également gagné sa Croix de Victoria le 9 avril. Ellis Sifton, un agriculteur, était né à Wallacetown, en Ontario, en 1891. Pendant l’attaque sur la crête de Vimy, la compagnie C du 18e Bataillon a été arrêtée dans sa progression par des mitrailleurs allemands qui avaient survécu au barrage d’artillerie en se réfugiant dans des abris en béton. Tandis que les Canadiens avançaient, les mitrailleuses ennemies balayaient le champ de bataille, causant de lourdes pertes. Ellis Sifton a été le premier à repérer le nid de mitrailleuse ennemi. Il a bondi, s’est précipité en avant et a sauté dans la tranchée. Puis il a foncé sur les ennemis, a renversé la mitrailleuse avant d’attaquer les mitrailleurs à la baïonnette et de tous les tuer. D’autres Canadiens se sont précipités à sa suite, mais pas avant qu’un petit détachement allemand remonte la tranchée dans sa direction. Il s’est servi de sa baïonnette et de son fusil comme d’un bâton pour les repousser jusqu’à ce que l’on vienne à sa rescousse. Malgré ces efforts, le Sergent suppléant Sifton a été tué au combat.

Dans les mois qui ont suivi, deux autres Croix de Victoria ont été attribuées à des membres du CEC. La première est allée au Lieutenant Robert Grierson Combe le 3 mai 1917 et la seconde, au Capitaine William Avery (« Billy ») Bishop, le 2 juin 1917. Le Capitaine Bishop, as des as canadiens de l’aviation pendant la guerre, était détaché auprès du Royal Flying Corps et il volait avec le 60e Escadron quand il a reçu sa décoration.

L’inscription concernant le Lieutenant Robert Grierson Combe, sur le
Monument commémoratif du Canada à Vimy,rappelant le sacrifice
ultime consenti par plusieurs récipiendaires de la Croix de Victoria.
photo : Direction - Histoire et patrimoine, ministère de la Défense nationale

La fin de l’été 1917, le Corps canadien avait commencé à avancer de nouveau, cette fois vers la ville de Lens et les hauteurs avoisinantes connues sous le nom de côte 70. C’est là que des actes de bravoure insignes accomplis entre le 15 et le 24 août vaudront la Croix de Victoria à six membres du Corps. Il s’agit du Major Okill Massey Learmonth, du Sergent-major de compagnie Robert Hill Hanna, du Sergent Frederick Hobson, du Caporal Konowal et des Soldats Harry Brown et Michael James O’Rourke


Un portrait du Caporal
Filip Konowal portant
la Croix de Victoria.

photo : Direction - Histoire et
patrimoine, ministère de la
Défense nationale

Du 22 au 24 août 1917, le Caporal Filip Konowal, membre du 47e Bataillon du CEC, a manifesté l’énergie et la force qui lui ont valu sa Croix de Victoria. Filip Konowal a été le premier membre du CEC qui n’était pas né dans l’Empire britannique à se voir décerner la Croix de Victoria, exemple de la diversité des troupes qui composaient l’armée canadienne pendant la guerre. Né à Kudkiv, en Ukraine, en 1888, Filip Konowal avait servi dans l’armée russe avant de venir au Canada en 1913. Engagé dans le 77e Bataillon du CEC, il avait ensuite été transféré au 47e Bataillon. Alors que son bataillon se battait pour prendre la côte 70, Filip Konowal a agi à lui seul comme toute une armée, menant une section d’infanterie chargée de nettoyer des caves et des nids de mitrailleuse et de vider des trous d’obus. Il a à plusieurs reprises attaqué seul l’ennemi, passant trois soldats allemands à la baïonnette dans une cave et en tuant sept autres dans un trou d’obus. Il a vaincu un nid de mitrailleuse ennemi en fonçant seul


Le Lieutenant Robert Shankland, entre le roi George V
et la reine Marie (date inconnue).
Photo : Direction – Histoire et patrimoine, ministère de la Défense nationale

dessus et en tuant ses occupants avant de ramener la mitrailleuse avec lui. Filip Konowal a attaqué un autre nid de mitrailleuse ennemi le lendemain, tuant trois des mitrailleurs et détruisantla position avec des explosifs. En trois jours, il a tué à lui seul 16 ennemis, s’arrêtant en fin de compte uniquement parce qu’il était grièvement blessé.

Alors que l’été cédait la place à l’automne, le Corps canadien repartait vers le saillant d’Ypres et le terrain boueux de Passchendaele. L’assaut canadien sur Passchendaele a été couronné de succès, encore qu’il s’est accompagné de pertes énormes. Au total, neuf membres du CEC se sont vu décerner la Croix de Victoria pour cette bataille : le Major George Randolph Pearkes, le Capitaine Christopher Patrick John O’Kelly, les Lieutenants Hugh McKenzie et Robert Shankland, le Sergent George Harry Mullin, le Caporal Colin Fraser Barron et les Soldats Thomas William Holmes, Cecil John Kinross et James Peter Robertson.

De lourds nuages annonciateurs de pluie assombrissaient le ciel de l’aube. Les soldats s’étaient rassemblés en pelotons, les pelotons en compagnies et les compagnies en bataillon. Placés en position en vue de l’attaque imminente, ils attendaient. L’ennemi ne leur avait pas tiré dessus tandis qu’ils avançaient. Toutefois, c’était à peu près la seule chose dont ils pouvaient se réjouir. En raison de l’obscurité, il leur était difficile de voir à quelque distance que ce soit devant les tranchées de la ligne de front. Il y avait peu de points de repère visibles et le Bataillon se trouvait sur ce front depuis trop peu longtemps pour que quiconque puisse connaître le terrain à franchir.

La compagnie « A » du 4th Battalion, Canadian Mounted Rifles (4th CMR), s’est rassemblée à quelque 70 mètres derrière la compagnie « D » du bataillon, du côté droit de la voie d’attaque prévue. Chaque soldat avait revêtu l’attirail de combat. La plupart transportaient leur fusil Lee‑Enfield et plus de 200 munitions. Certains portaient des mitrailleuses légères. La majorité transportaient des grenades à main – ou bombes, comme ils aimaient les appeler à l’époque. En raison d’un contretemps derrière le front, les réserves d’eau potable ne sont pas arrivées à temps et les soldats du bataillon sont allés au combat avec des cantines vides.

À 5 h 40  – l’heure zéro pour l’attaque à Passchendaele le 26 octobre 1917 – près de 400 pièces d’artillerie ont commencé à tirer un feu nourri. Comme s’il s’agissait d’un signal, une pluie fine s’est alors mise à tomber, continuant de liquéfier le sol notoirement boueux de Passchendaele. Peu après, les mitrailleuses canadiennes se sont mises à tirer pour créer un barrage d’appui. L’artillerie allemande leur a répondu.


Le Soldat Thomas William Holmes,
ruban de la Croix de Victoria
cousu sur la poche gauche de
sa tunique.

photo : Direction - Histoire et
patrimoine, ministère de la
Défense nationale

Les officiers et les hommes de troupe du 4th CMR avaient déjà entamé leur avance vers les positions ennemies, qui consistaient non pas en une solide ligne de front, mais plutôt en une série de courtes lignes de tranchée et de centres de résistance. Parmi ces derniers, les plus craints étaient les casemates allemandes, ces « pièces » de béton armé utilisées comme abris contre les tirs d’artillerie et comme positions de tir protégées contre les troupes en progression.

Les soldats de la compagnie « A » se sont bientôt trouvés mêlés à ceux de la compagnie « D » tandis que les conditions sur le terrain empiraient. Ensemble, ils ont poursuivi leur avance à une allure relativement bonne jusqu’à ce qu’ils soient pris sous le tir provenant d’une casemate allemande qui contenait deux douzaines de carabiniers et qui était flanquée de deux mitrailleuses. Le nombre de victimes canadiennes a rapidement commencé à s’élever. Une fois les compagnies parvenues à moins de 45 mètres de la casemate, les soldats se sont jetés au sol, cherchant à se mettre à couvert n’importe où ils le pouvaient. La moitié du 4th CMR s’est trouvée arrêtée et l’attaque entière dans cette partie du front se trouvait menacée.

Soudain, l’un des soldats s’est levé et a calmement traversé le terrain en direction de la casemate. Il a lancé deux grenades dans la tranchée à côté de la casemate, où se trouvaient les mitrailleuses, tuant ou blessant les membres de l’équipe de pièce et mettant les mitrailleuses hors combat. Chose incroyable, ce même soldat est ensuite revenu à la position de la compagnie « D », a saisi une grenade qu’avait un ami, est retourné à la casemate, a réussi à se rendre jusqu’à la porte arrière et a lancé sa grenade à l’intérieur de l’édicule. Les soldats ennemis qui n’avaient pas été tués ni blessés dans l’explosion – 19 Allemands au total – sont sortis les mains en l’air et se sont rendus. L’avance canadienne pouvait se poursuivre.

Le Soldat Thomas William Holmes parlent à deux autres soldats,
l’homme à sa gauche examinant le ruban de la Croix de Victoria.
Photo : Direction – Histoire et patrimoine, ministère de la Défense nationale

Le Major Harold Archibald Scott, commandant de la compagnie « A », avait cherché à s’abriter avec sa compagnie lorsque les soldats dans la casemate ennemie ont ouvert le feu. Il venait tout juste d’assister à l’incroyable acte d’héroïsme de l’un de ses hommes et voulait s’assurer que celui-ci serait décoré, mais il ne savait pas qui exactement avait mené l’attaque. Le Major Scott a donc envoyé le Soldat Herbert Hawley de l’avant pour identifier le héros. Le Soldat Hawley a obéi aux ordres reçus, mais à son retour, il a découvert que le Major Scott venait d’être tué.

D’autres hommes avaient aussi été témoins de l’acte d’héroïsme et ils ont indiqué le nom du soldat pour que celui-ci soit honoré. Il s’agissait du Soldat Thomas William Holmes. Né à Montréal, au Québec, en août 1898, il avait grandi à Owen Sound, en Ontario. Le jeune Holmes avait menti au sujet de son âge au moment de son enrôlement dans le 147e Bataillon, CEC, en décembre 1915. Comme tant d’autres jeunes hommes impatients de se rendre outre-mer, il s’était vieilli d’un an pour avoir l’âge minimum de 18 ans. Au moment de son enrôlement, Thomas Holmes, qui serait plus tard décrit comme « un jeune homme frêle et délicat au sourire irrésistible », mesurait 166 centimètres, avait les cheveux blonds et les yeux bleus, n’avait aucune expérience militaire, habitait encore à la maison et travaillait dans une ferme de poulets. Après s’être rendu outre-mer avec le 147e Bataillon, le jeune Holmes a été muté à un bataillon de réserve avant de devenir membre du 4th CMR. Il avait été blessé au cours des combats sur la crête de Vimy et venait tout juste de retourner au Bataillon lorsque la bataille de Passchendaele a commencé. Quand la Croix de Victoria lui a été décernée en janvier 1918, Thomas Holmes avait 19 ans. On dit qu’il aurait été à ce moment-là le plus jeune Canadien à recevoir la plus haute distinction militaire de l’Empire.

Trois officiers du CEC ont reçu la Croix de Victoria à la fin de 1917 et au début de 1918, à savoir les Lieutenants Gordon Muriel Flowerdew et Harcus Strachan, avec la cavalerie, et le Lieutenant George Burdon McKean, avec l’infanterie. Pendant ce temps, le Corps canadien menait une vie relativement tranquille, en particulier par rapport à l’armée britannique, qui essayait de faire échec à un assaut général allemand lancé en mars 1918


Le Caporal Joseph Thomas Kaeble
se tenant à un parapet avec
sa mitrailleuse Lewis. Portrait exécuté
par l’artiste Alfred Bastien.
Photo : Direction – Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Seule la 2e Division canadienne s’est vraiment battue au cours de cette période, combat qui a valu la Croix de Victoria à l’un de ses membres. Le Caporal Joseph Thomas Kaeble, du 22e Bataillon du CEC, avait déjà reçu une médaille militaire quand ses actes de bravoure des 8 et 9 juin 1918 lui ont valu la plus haute distinction de l’Empire. Le Caporal Kaeble, qui était né à Saint-Moïse, au Québec, en 1893, et qui travaillait comme mécanicien avant la guerre, était chargé d’une section de mitrailleuses légères Lewis dans les tranchées de première ligne de son bataillon quand les Allemands ont tenté un raid. Malgré le bombardement d’artillerie intense, le Caporal Kaeble est resté à son poste, sa mitrailleuse légère Lewis braquée sur l’ennemi par-dessus le bord de la tranchée. Quand les canons ennemis se sont tus, une cinquantaine d’Allemands ont commencé à avancer dans sa direction. Malheureusement, le reste des hommes du Caporal Kaeble avaient été tués ou blessés. Sans perdre son sang-froid, ce dernier a bondi hors de la tranchée, sa mitrailleuse Lewis à la hanche, et il a vidé un chargeur après l’autre sur les rangs des soldats ennemis qui avançaient. Bien qu’il ait été blessé par plusieurs éclats d’obus et de grenade, il a continué de tirer. En fin de compte, il est retombé dans sa tranchée, mortellement blessé, mais non sans avoir stoppé la progression de l’ennemi.

Début août 1918, le Corps canadien s’est lancé aux côtés des Britanniques dans une offensive générale près d’Amiens. Malgré de très lourdes pertes canadiennes, l’opération a été un triomphe complet. Étonnamment, 10 membres du Corps canadien ont mérité la Croix de Victoria entre le 8 et le 13 août. Il s’agit des Lieutenants Jean Brillant et James Edward Tait, des Sergents Robert Spall et Raphael Louis Zengel, des Caporaux Alexander Picton Brereton, Frederick George Coppins, Herman James Good et Harry Garnet Bedford Miner ainsi que des Soldats John Bernard Croak et Thomas Dinesen.


Une photo prise en studio du
LieutenantJean Brillant,
22e Bataillon, CEC.

photo : Direction - Histoire et
patrimoine, ministère de la
Défense national

Bien que l’offensive terrestre d’Amiens ait cessé au bout de quelques jours, le Corps canadien a continué sur sa lancée dans les jours et les semaines suivantes. Après s’être repositionné légèrement plus au nord, le Corps a ensuite attaqué dans la région d’Arras en se déplaçant vers l’est, plus ou moins le long de la Scarpe. Les Cent Jours – point culminant de la progression britannique sur le front ouest – qui avaient et d’autres membres du CEC ont reçu la Croix de Victoria. Le Lieutenant Charles Smith Rutherford a obtenu la sienne le 26 août 1918, suivi du Lieutenant-colonel William Hew Clark-Kennedy dans les deux jours suivants. Quand le Corps canadien s’est heurté à la ligne défensive Drocourt Quéant, du 1er au 4 septembre, sept autres Croix ont été décernées, soit au Lieutenant-colonel Cyrus Wesley Peck, au Capitaine Bellenden Seymour Hutcheson, au Sergent Arthur George Knight, au Caporal suppléant William Henry Metcalf et aux Soldats Claude Joseph Patrick Nunney, Walter Leigh Rayfield et John Francis Young.


Le Lieutenant-colonel
Cyrus Wesley Peck portant
sa Croix de Victoria
Photo : Direction – Histoire et
patrimoine, ministère de
la Défense nationale

Tandis que septembre 1918 touchait à sa fin et qu’octobre commençait, le Corps canadien a continué d’avancer, en visant cette fois le Canal du Nord. Ses officiers et ses hommes se sont vu décerner six autres Croix de Victoria, le rythme de l’attribution des décorations épousant celui, frénétique, des combats. L’une des premières est allée au Lieutenant Samuel Lewis Honey, du 78e Bataillon du CEC. Samuel Honey, né à Conn, en Ontario, en 1894, était maître d’école avant de s’engager en 1915. Après avoir rejoint le 78e Bataillon sur le terrain, il a reçu la Médaille de conduite distinguée et la Médaille militaire avant d’être promu officier.

Pendant l’attaque du bois de Bourlon menée par son bataillon le 27 septembre, Samuel Honey a pris le commandement de sa compagnie, après que tous les autres officiers eurent été tués ou blessés. Il l’a réorganisée, puis l’a fait avancer et atteindre son objectif. Ensuite, la compagnie a commencé à essuyer des pertes sous le feu d’une mitrailleuse ennemie. Samuel Honey a repéré sa position et s’est précipité seul pour la prendre, faisant du même coup 10 prisonniers. Plus tard, il a organisé la défense des positions de la compagnie devant quatre contre-attaques allemandes. À la nuit tombée, il a emmené un petit détachement prendre un poste ennemi qu’il avait repéré, ainsi que ses trois mitrailleuses, donnant ainsi un autre exemple du ses qualité de dirigeant inspiré dont il avait fait preuve pendant cette période. Il est mort des suites de blessures subies le 30 septembre, le dernier jour de l’attaque.

Pendant la même période, quatre autres officiers et un militaire du rang ont eux aussi reçu la Croix de Victoria. Il s’agit du Capitaine John MacGregor, des Lieutenants Milton Fowler Gregg, George Fraser Kerr et Graham Thomson Lyall et du Sergent William Merrifield.


La Croix de Victoria
britannique remise au
Sergent William Merrifield.
Photo : Bill Kent,
Musée canadien de la guerre

La deuxième semaine d’octobre 1918, le Corps canadien se rapprochait de la ville de Cambrai. Le principal obstacle était alors de franchir le canal de l’Escaut pour poursuivre les Allemands qui battaient rapidement en retraite. Le Capitaine Coulson Norman Mitchell, du 4e Bataillon, Canadian Engineers, y a gagné sa Croix de Victoria. Coulson Mitchell, né à Winnipeg, au Manitoba, en 1889, était un ingénieur de formation universitaire qui s’étaient enrôlés auprès des Canadian Engineers en novembre 1914. Les 8 et 9 octobre, le Capitaine Mitchell, qui avait déjà reçu la Croix militaire, a emmené quelques ingénieurs en mission de reconnaissance, avant l’infanterie, pour examiner les ponts que celle-ci devait franchir. En arrivant au canal, ils se sont aperçus qu’un pont avait déjà été détruit à l’explosif. Après avoir traversé sous des tirs nourris le pont effondré, ils ont poussé jusqu’au pont principal sur le canal, qu’ils ont traversé en courant dans l’obscurité, sans savoir combien d’Allemands se trouvaient de l’autre côté. Coulton Mitchell a alors placé un guetteur avant de se glisser sous le pont avec son sergent pour couper les fils reliés aux charges de destruction qui y étaient posées. Malheureusement, les Allemands avaient donné l’alarme et ils se précipitaient vers le pont pour essayer de faire exploser les charges. Coulton Mitchell a couru rejoindre son guetteur, qui avait été blessé en défendant la position. Il a tué trois Allemands, en a fait 12 autres prisonniers et a défendu la tête de pont jusqu’à l’arrivée des renforts. Ensuite, il est retourné sous le pont pour continuer de couper les fils et d’enlever les charges de destruction jusqu’à ce que le pont soit sûr.

Deux jours plus tard, le 11 octobre 1918, le Lieutenant Wallace Lloyd Algie gagnait sa Croix de Victoria, suivi du Soldat Thomas Ricketts, le 14 octobre 1918.


Le Major William George Barker dans son
lieu de prédilection, l’habitacle d’un avion

photo : Direction - Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Puis, deux semaines plus tard, un pilote gagnait la deuxième Croix de Victoria obtenue par le Canada dans la guerre aérienne. L’étonnante carrière de pilote du Major William George Barker, membre du CEC détaché auprès du 201e Escadron de la Royal Air Force, a atteint son apogée un matin de la fin du mois d’octobre 1918. William Barker, né à Dauphin, au Manitoba, en 1894, était un excellent tireur doublé d’un fin cavalier qui s’était d’abord enrôlé dans la cavalerie. Il avait servi dans les tranchées avant son transfert au Royal Flying Corps en qualité d’observateur. Par la suite, il est devenu un pilote très décoré. Il a ainsi été cité à l’Ordre du service distingué avec barrette, il a reçu la Croix militaire avec deux barrettes et il s’est vu décerner une décoration française et deux décorations italiennes pour acte de bravoure. Le matin du 27 octobre, le Major Barker a attaqué un biplace ennemi, qu’il a détruit. Il a ensuite été attaqué et blessé par un biplan allemand, mais il a réussi à l’abattre.

Le Major Barker a de nouveau été attaqué et blessé, mais il est parvenu à se dégager. Malheureusement, il a alors perdu connaissance et son appareil a commencé à perdre de l’altitude. Il a repris connaissance alors qu’il était attaqué pour la troisième fois, a repris le contrôle de son appareil et a abattu l’un de ses assaillants. Puis il s’est de nouveau évanoui pour reprendre connaissance alors qu’il était encore attaqué, mais il a réussi à abattre cet appareil aussi. Totalement épuisé et grièvement blessé, il a fui et a atterri en catastrophe. Pendant la mission, il avait porté à 50 le nombre d’appareils à son tableau de chasse.

Une seule autre Croix de Victoria a été attribuée à un membre du CEC avant la fin de la guerre. Le récipiendaire a été le Sergent Hugh Cairns, qui a reçu la médaille pour l’héroïsme dont il avait fait preuve le 1er novembre 1918, quelques jours à peine avant la fin des combats sur le front occidental.

La Seconde Guerre mondiale

Tout juste 20 ans plus tard, le Canada était de nouveau en guerre et il allait jouer un rôle important dans ce deuxième conflit mondial. Sa contribution a été aussi étendue que lors du conflit précédent, des Canadiens se battant en mer, sur terre et dans les airs, aux quatre coins du monde. Les militaires canadiens engagés dans les combats allaient se voir décerner 13 Croix de Victoria et des milliers d’autres distinctions du Commonwealth pour acte de bravoure.


Le tableau d’un artiste inconnu montrant
l’héroïsme du Lieutenant-colonel Charles
Cecil Ingersoll Merritt, à Dieppe, en août 1942.
photo : Direction - Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Le Sergent-major de compagnie John Robert Osborn a gagné sa Croix de Victoria à Hong Kong, le 19 décembre 1941. Les décorations suivantes attribuées à des membres des forces armées canadiennes l’ont été huit mois plus tard, jour pour jour, soit le 19 août 1942, pendant le raid désastreux sur Dieppe, en France. Le Capitaine honoraire John Weir Foote et le Lieutenant-colonel Charles Cecil Ingersoll Merritt sont entrés héroïquement dans l’histoire en ce jour fatidique.

C’est en Italie que le prochain Canadien en uniforme allait mériter la Croix de Victoria. Le Capitaine Paul Triquet, commandant de compagnie dans le Royal 22e Régiment, a mené ses hommes et une poignée de chars canadiens dans l’assaut contre le hameau de Casa Berardi, le 14 décembre 1943. Casa Berardi était un centre de résistance ennemi protégé par des positions de tir disposées dans une ravine devant le hameau. Paul Triquet, né à Cabano, au Québec, en 1910, était un soldat de métier, membre de son régiment depuis 1927. Tandis qu’elles avançaient, ses troupes ont essuyé des tirs nourris de mitrailleuse et de mortier et, bientôt, la moitié de la compagnie a été décimée. Gardant son sang-froid, le Capitaine Triquet a réorganisé les survivants, les a encouragés et convaincus que le plus sûr était de continuer d’avancer vers l’objectif. Ils sont donc repartis en avant, lui en tête, perçant les lignes ennemies et détruisant quatre chars allemands et plusieurs nids de mitrailleuses. Une fois à Casa Berardi, Paul Triquet savait que les Allemands ne manqueraient pas de contre-attaquer. Il a donc organisé ses hommes et les chars restants dans un périmètre défensif. Quand les Allemands ont attaqué, il n’a cessé de courir d’une position à l’autre pour encourager ses hommes, tout en se battant au besoin. La défense a tenu bon et le Capitaine Triquet et ses hommes ont été relevés le lendemain.

C’est également en Italie que le Major John Keefer Mahony a mérité sa propre Croix de Victoria, le 24 mai 1944. Puis, le 13 juin 1944, le Sous-lieutenant d’aviation Andrew Charles Mynarski a été le premier membre de l’Aviation royale du Canada à gagner une décoration.

Onze jours plus tard, le Capitaine d’aviation David Ernest Hornell, pilote du No. 162 (Bomber Reconnaissance) Squadron, recevait la deuxième Croix de Victoria de l’ARC. David Hornell, né à Mimico, en Ontario, en 1910, était entré dans l’armée de l’air au début de la guerre. Le 24 juin 1944, il était capitaine et pilotait un bimoteur amphibie Canso et comptait 60 missions opérationnelles à son actif. Il était en patrouille anti-sous-marine avec son équipage dans l’Atlantique Nord quand il a repéré, au bout de quelques heures, un sous-marin allemand qui avait fait surface. Il a fait demi-tour pour attaquer, mais il avait été repéré. L’ennemi a ouvert le feu sur les Canadiens avec son canon antiaérien, touchant le Canso à l’aile droite, dont le moteur a pris feu. L’avion a continué de tirer et lâché ses grenades sous-marines. Le sous-marin a coulé, mais le Canso était lui aussi irrémédiablement touché. Le Capitaine d’aviation Hornell a amerri et l’équipage a évacué l’appareil, qui a coulé. Malheureusement, il n’y avait qu’un canot pneumatique utilisable, et les membres d’équipage se relayaient dans l’eau, s’accrochant aux parois du canot. Deux sont mortsu de froid, et les autres ont tenu pendant 21 heures avant d’être secourus. Quand les secours sont arrivés, le capitaine Hornell ne voyait plus et il était épuisé physiquement. Il est mort peu après.


La recréation artistique détaillée de l’opération
héroïque menée par le Capitaine d’aviation David Ernest Hornell et
son équipage les 24 et 25 juin 1944.
photo : Direction - Histoire et patrimoine, ministère de la Défense nationale

Photographie du Sous-lieutenant d’aviation
Andrew Charles Mynarski et de son
équipage du 419e Escadron de bombardiers, ARC.
Photo : Direction – Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Le 6 juin 1944, l’Armée canadienne se battait sur terre dans le Nord-Ouest de l’Europe, ajoutant un autre front à la campagne italienne. Les cinq Croix de Victoria attribuées à des militaires canadiens ont reflété l’élargissement des combats. En effet, toutes sauf une ont été méritées pour des actes de bravoure accomplis lors de batailles en France, aux Pays-Bas et en Allemagne, en 1944-1945. Leurs récipiendaires étaient le Major David Vivian Currie (du 18 au 20 août); le Sergent Aubrey Cosens (25 et 26 février); le Major Frederick Albert Tilston (1er mars); et le Caporal Frederick George Topham (24 mars), dans le Nord-Ouest de l‘Europe, ainsi que le Soldat Ernest Alvia (« Smokey ») Smith (21 et 22 octobre), en Italie.


La stèle de la tombe du Sergent
Aubrey Cosens,au cimetière
de guerrecanadien de Groesbeek,
aux Pays Bas.
photo: Ken Reynolds, ministère
de la Défense nationale

C’est un membre de la Marine royale du Canada qui a obtenu la dernière Croix de Victoria à avoir été attribuée à un Canadien. Le Lieutenant Robert Hampton Gray, né à Trail, en Colombie Britannique, en 1917, étudiait à l’université quand il a été nommé officier de la Réserve des Volontaires de la Marine royale canadienne, en 1940. Robert Gray était rattaché, en tant que pilote de chasse, à la Fleet Air Arm (aéronavale), branche aérienne de la Royal Navy et, à l’été 1945, il avait déjà reçu la Croix du service distingué et une citation à l’ordre du jour. Le 9 août 1945, le Lieutenant Gray a mené, à bord de son Corsair, une attaque contre des bâtiments de guerre japonais à Onagawa Wan, au large de l’île de Honshu, au Japon. Après avoir repéré les navires, il a piqué en attaque et son appareil a été touché par les tirs anti-aériens ennemis. Mais le Lieutenant Gray a continué sur sa lancée et a attendu d’être à moins de 15 mètres de l’escorteur japonais Amakusa pour larguer ses bombes. Une au moins a atteint directement sa cible et fait couler l’escorteur. Cependant, l’avion canadien, désemparé, s’est abîmé dans la baie. La dépouille du Lieutenant Gray n’a jamais été retrouvée.

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LA CRÉATION DE LA CROIX DE VICTORIA CANADIENNE

LA CROIX DE VICTORIA DÉCERNÉE AU LIEUTENANT GRAY PENDANT la Seconde Guerre mondiale a été la dernière attribuée à un Canadien. Aucun n’en a reçu pendant la guerre de Corée. Dans les années qui ont suivi, un sentiment d’indépendance a vu le jour à l’égard des décorations et titres honorifiques accordés à des citoyens canadiens. La création d’un régime de distinctions honorifiques purement canadien est passée du stade de la discussion et du débat dans les années 50 à une réalité toute neuve à la fin des années 60, de concert avec la célébration du centenaire de la nation.

L’Ordre du Canada créé en 1967 comprenait à l’origine la Médaille du Courage. Cette dernière est rapidement devenue la seule décoration pour bravoure décernée pour des actes de courage militaires et civils. Toutefois, faute de pouvoir distinguer différents degrés de courage, la décoration ne répondait tout simplement pas aux besoins. Par ailleurs, la canadianisation du régime de distinctions honorifiques a eu des répercussions sur la possibilité, dans le cas des membres des forces armées, d’être décorés pour acte de bravoure militaire, puisque les Canadiens n’avaient plus droit aux décorations pour acte de bravoure militaires et civiles britanniques. En 1972, on remédie à la situation pour les civils en instaurant les décorations canadiennes pour bravoure, avec la Croix de la Vaillance, l’Étoile du courage et la Médaille de la bravoure. Les actes héroïques accomplis par des membres des Forces canadiennes étaient aussi récompensés par ces médailles. La Médaille du Courage, qui n’avait jamais été attribuée, est alors supprimée.


Des récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria
lors des célébrations du centenaire de la décoration en
1956, notamment (de gauche à droite) : Alexander Brereton,
David Currie, Raphael Zengel, Charles Train, Thomas Dinesen,
Filip Konowal, John Kerr, George Mullin, Coulson Mitchell,
George Pearkes, William Metcalf, Thain MacDowell, Milton Gregg,
John Mahony, Richard Turner, Cecil Kinross, Frederick Harvey
et Cyrus Peck.
photo : Direction - Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Finalement, des décorations militaires pour acte de bravoure sont aussi proposées pour compléter les distinctions civiles du Régime canadien de distinctions honorifiques. Face aux pressions provenant du public, des associations d’anciens combattants et des députés, les décorations finalement retenues sont : la Croix de Victoria, l’Étoile de la vaillance militaire et la Médaille de la vaillance militaire. Les trois décorations, connues collectivement sous le nom de décorations de la vaillance militaire, ont été acceptées par le gouvernement canadien et officiellement approuvées par Sa Majesté la reine Elizabeth II, reine du Canada, dans les lettres patentes émises le 31 décembre 1992.

La Croix de Victoria du Canada ne diffère que légèrement de la décoration originale. L’inscription figurant sur la médaille britannique, «  FOR VALOUR », est remplacée par l’expression latine « PRO VALORE ». La Croix de Victoria canadienne est décernée selon les critères rigoureux en matière de décoration établis pour la version britannique. Conformément au règlement de 1993, la Croix est « attribuée pour reconnaître des actes de bravoure ou d'abnégation insignes ou éminents ou le dévouement ultime au devoir, face à l'ennemi ». La définition d’« ennemi » a été élargie pour refléter la nouvelle réalité de la guerre dans les années 90, le ministère de la Défense nationale indiquant que le terme désigne maintenant « une force armée hostile, y compris des mutins, des rebelles, des émeutiers ou des pirates armés. Le Canada n'a pas besoin d'être en guerre pour reconnaître l'existence d'un ennemi répondant à cette description. Cette dernière est assez générale pour inclure la participation canadienne aux missions de maintien de la paix. » Tout membre des Forces canadiennes ou membre de forces armées alliées ayant servi auprès des Forces canadiennes à compter du 1er janvier 1993 est admissible à cette décoration. Comme son équivalent britannique, la Croix de Victoria peut être attribuée à titre posthume.

La Croix de Victoria, suspendue à un ruban cramoisi, est « une croix pattée de bronze mesurant 38 mm, dont les branches sont planes et les contours en relief. Sur l’avers (le devant), la couronne royale est surmontée d'un lion arrêté, la tête de face, et l’inscription « PRO VALORE » figure en-dessous. Sur le revers (l'arrière) est inscrite, à l’intérieur d’un cercle en relief, la date de l'acte de bravoure pour lequel la Croix a été décernée. La Croix est suspendue au moyen d’un anneau inséré dans le « V » d’une barrette ornée de feuilles de laurier, au revers de laquelle sont gravés le grade, le nom et l’unité du récipiendaire ». Toute attribution ultérieure de la Croix est dénotée par « une simple barrette de bronze ornée de feuilles de laurier; cette barrette est attachée au centre du ruban auquel est suspendue la Croix ».

Pendant plus d’une décennie, la Croix de Victoria n’a existé que sur papier, aucune des décorations – ou insignes, dans le langage technique – n’étant produite. La raison en était assez simple. Il a en effet fallu pas mal de temps pour décider de la façon dont le dessin et la production de la Croix de Victoria, la plus haute décoration pour acte de bravoure militaire du Régime canadien de distinctions honorifiques, feraient honneur à son histoire. Quelle en serait la composition et à quoi ressemblerait-elle? Il fallait cette réflexion approfondie pour s’assurer que l’importance symbolique de la Croix serait respectée.

Sous la direction de la Chancellerie des distinctions honorifiques, à Rideau Hall, un comité a été constitué. Le Comité de planification de la production de la Croix de Victoria se composait de représentants du Bureau du secrétaire du gouverneur général, du ministère de la Défense nationale et d’Anciens Combattants Canada. Des membres de Ressources naturelles Canada, de Patrimoine canadien et de la Monnaie royale canadienne se sont ensuite joints au groupe.

Le Comité a consulté de nombreux intervenants y compris des militaires actifs, des anciens combattants ainsi que leurs associations, des métallurgistes, des historiens et d’autres spécialistes. Plusieurs discussions ont conduit à la formulation d’un projet contenant les recommandations suivantes.

Tout d’abord, la Croix de Victoria devait être fabriquée au Canada. Ensuite, en raison de sa signification pour les Canadiens, l’insigne devait refléter le passé, le présent et l’avenir du pays. Par ailleurs, le Comité a recommandé qu’il soit fabriqué à partir d’un mélange de trois alliages : le même bronze à canon que celui utilisé dans la production des Croix de Victoria britanniques; un métal provenant d’une source canadienne importante sur le plan historique, plus précisément une médaille frappée en 1867 pour commémorer la confédération canadienne, mais jamais décernée et, enfin, des métaux provenant des diverses régions du Canada et « représentant les abondantes ressources naturelles de notre pays ».


Un expert à la Defence Storage and
Distribution Agency (DSDA Donnington,
Royaume-Uni) tranche un morceau de bronze
à canon en vue de la fabrication
de la Croix de Victoria britannique.
photo : État major de liaison des Forces
canadiennes (Londres), ministère de
la Défense nationale

La « tranche » de bronze à canon,
un don du Royaume-Uni au Canada,
et la Médaille de la Confédération
de 1867 qui ont servi
à créer le mélange de
métal utilisé pour fabriquer la
nouvelle Croix de Victoria.
photo : Cathy Bursey-Sabourin,
Chancellerie des
distinctions honorifiques

Ainsi, en premier lieu, le Royaume-Uni a gracieusement fait don au Canada d’une portion du bronze à canon original. Parallèlement, les autres métaux ont été réunis et des scientifiques de Ressources naturelles Canada ont analysé quelques Croix de Victoria de la collection du Musée canadien de la guerre afin d’arriver à la « formule » précise de l’alliage métallique qu’il fallait créer.


Illustration produite par
Cathy Bursey-Sabourin
montrant des détails du nouvel insigne.
Dessin original appartenant
à l’Autorité héraldique du Canada.

Bien que le dessin original de la Croix de Victoria ait été tracé en 1992, il a fallu retravailler la maquette pour pouvoir procéder au moulage de l’insigne. Des fleurs de lis ont été ajoutées au listel de la médaille, aux côtés de la rose, du chardon et du trèfle traditionnels, pour rappeler les éléments floraux des Armoiries royales du Canada.

Par le passé, l’insigne de la Croix de Victoria britannique ne pouvait être frappé, comme la plupart des autres pièces et médailles, l’alliage employé étant trop dur et cassant et le moulage se révélant beaucoup plus indiqué. Pour maintenir la tradition, la Croix de Victoria canadienne a donc elle aussi été moulée. À partir des dessins, la Monnaie royale canadienne a donc fabriqué des motifs tridimensionnels ou « matrices ». Ces deux matrices marquées ou gravées avec des images « négatives », ou inversées, de l’insigne – un pour l’avers et l’autre pour le revers – ont été utilisées afin de couler des reproductions en cire, lesquelles ont ensuite servi à fabriquer des unités de coulage. Un mélange de céramique a ensuite été versé autour des unités. Une fois la céramique durcie, elle a été chauffée pour permettre à la cire de fondre et d’être retirée, ce qui a produit, à l’intérieur des blocs en céramique, des moules « positifs » creux et fins de l’insigne.

En décembre 2006, après des mois de planification et de préparation, la première étape du processus de moulage a débuté au Laboratoire de la technologie des matériaux de Ressources naturelles Canada. Il s’agissait de produire des lingots, ou barres, de l’alliage souhaité. Le morceau de bronze à canon de la source originale, la Médaille de la Confédération et les autres métaux ont été placés dans un four à induction. Le mélange fondu a ensuite été porté dans un creuset (récipient réfractaire utilisé pour fondre des métaux et d’autres matières) et versé doucement dans des moules qui ressemblent à des moules à pain. Chaque moule a été recouvert de  planures de bois afin d’éviter l’oxydation. Sept lingots ont été produits afin de garantir une quantité suffisante pour les générations futures.

Exemple d’impression « positive »
dans la cire de la Croix de Victoria,
ainsi que motif gravé montrant l’image
« négative », ou inversée, de l’insigne.
photo : David Ashe, Ressources
naturelles Canada

Chacune des impressions dans la cire est soigneusement examinée pour en déceler tout défaut et pour vérifier l’exactitude des dimensions avant de poursuivre le processus. photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada



Des experts de Ressources naturelles Canada versent l’alliage directement du creuset dans les moules à lingot qui sont ensuite recouverts de planures de bois pour empêcher l’oxydation. photo : Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques.

Une fois qu’une série est produite, toutes les aspérités et tous les excédents d’alliage sont enlevés et retournés au four pour y être fondus de nouveau. À l’étape finale de production, les lingots portent l’inscription suivante : Victoria Cross – Croix de Victoria – Canada. photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada



Seconde étape du coulage, lorsque l’alliage est versé dans les moules pour créer les insignes de la Croix de Victoria. photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

Le jeu de matrices, une fois démoulé,avec quatre insignes de la Croix de Victoria encore rattachés à la tige centrale. photo : Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques Info



Quelque temps plus tard, on a procédé à la deuxième étape du moulage avec la refonte de quelques lingots. Le métal en fusion a été versé dans les moules en céramique, qui ont été brisés une fois refroidis pour révéler quatre insignes bruts de la Croix de Victoria attachés à la tige centrale.

Les insignes moulés, rugueux et d’un jaune vif, ont ensuite été finis à la main et traités afin d’obtenir la patine foncée typique de la Croix de Victoria

Une fois la finition terminée et les pièces polies, la dernière étape consistait à monter les insignes sur leur ruban cramoisi et à les placer dans leur écrin en cuir portant en lettres d’or sur le couvercle l’inscription « V.C. » au-dessus de « Canada ».

Les deux premiers spécimens de la Croix de Victoria ont été envoyés au Royaume-Uni à la fin du mois de janvier 2007 afin d’être placés dans la Collection privée de la Reine. Dans la lettre jointe au présent, le Sous-secrétaire de la Chancellerie écrivait :t File

J’aimerais profiter de cette occasion pour remercier Sa Majesté ainsi que les officiers du ministère de la Défense qui ont gracieusement apporté leur concours tout au long de la production de la Croix de Victoria canadienne. Les Canadiens attachent, à raison, beaucoup d’importance à cette distinction honorifique. En accordant une portion du bronze tiré du métal à canon original, Sa Majesté a aidé à créer un lien symbolique entre le passé, le présent et l’avenir.

Les 20 Croix de Victoria et les lingots restants sont gardés à Rideau Hall, tandis que d’autres spécimens seront ajoutés aux collections de Rideau Hall, du ministère de la Défense nationale, de Bibliothèque et Archives Canada et du Musée canadien de la guerre.

La Croix de Victoria canadienne a été dévoilée par Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale et commandante en chef du Canada, à Rideau Hall, à Ottawa, en mai 2008.


La première Croix de Victoria fabriquée au Canada.
photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

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MEMBRES DE LÀRMÉE CANADIENNE RÉCIPIENDAIRES DE LA
CROIX DE VICTORIA

(« * » décernée à titre posthume)